L'autre femme que Sarkozy écoute

Stéphane Colineau

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Libéré la semaine dernière, M. Breteau s'en est pris lundi au gouvernement dans plusieurs médias. A France-Info il a affirmé avoir rencontré "un assistant direct de Catherine Pégard, qui est une conseillère très proche du président Nicolas Sarkozy".
Libéré la semaine dernière, M. Breteau s'en est pris lundi au gouvernement dans plusieurs médias. A France-Info il a affirmé avoir rencontré "un assistant direct de Catherine Pégard, qui est une conseillère très proche du président Nicolas Sarkozy". — Eric Feferberg AFP/Archives

21 mars 2008. La composition du cabinet remanié de Nicolas Sarkozy est publiée au Journal officiel. Et si Catherine Pégard était devenue, ce jour-là, la femme la plus influente de France, comme on a pu dire du secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant qu'il était l'homme le plus puissant du pays, grâce à son rôle auprès du Président ?

Parce que la conseillère est inconnue du grand public, l'hypothèse peut sembler extravagante. Elle ne l'est pas. Le protocole ne ment pas. Seuls Claude Guéant, l'amiral Guillaud et le conseiller spécial Henri Guaino occupent un rang plus élevé à l'Elysée que l'ancienne journaliste du Point.

Ministres et parlementaires confirment que son rôle est considérable. « C'est important de la convaincre si on veut convaincre le Président », résume la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. « C'est un élément essentiel de la galaxie élyséenne », analyse le député UMP Jérôme Chartier. Elle est une des rares à disposer d'un accès direct au bureau du Président, qu'elle connaît depuis 1977, année du premier article qu'elle lui a consacré.

Une femme de l'ombre

Secrète, Catherine Pégard n'a accordé qu'une interview depuis mai 2007. Chaleureuse quand elle accueille à l'Elysée, cette femme petite et mince de 52 ans revendique sa discrétion. Elle ne dessine qu'en pointillés les contours de sa mission. « Je vois des ministres, des parlementaires, des journalistes. Je suis touche-à-tout », glisse-t-elle seulement. En charge du « pôle politique » de l'Elysée, sa sphère d'influence est vaste.

« Elle est celle qui dit au Président : "Voilà ce qu'on dit de vous sur cette question, voilà ce que vous devriez faire, voilà comment il faudrait parler de ce sujet" », décrypte un habitué du pouvoir. La confiance qu'elle inspire au personnel politique est un atout majeur. Chacun sait qu'il peut critiquer le Président devant elle sans craindre les risques de fuites.

«Elle va se faire prendre son rôle de gourou par Carla»

« Il y a des gens à qui on a envie de parler. Catherine Pégard a une grande capacité d'écoute », confie un ministre. Solliciter l'avis d'un élu, c'est s'attirer cette réponse : « Ça me gêne de parler d'elle, Catherine est une amie. » Ses liens sont aussi à gauche. « Je la connais depuis longtemps et la respecte beaucoup », dit Gérard Le Gall, délégué national du PS. « Je ne suis pas militante, confie Catherine Pégard. Journaliste, je n'avais pas le permis de conduire. Mon grand plaisir était de demander à un candidat en campagne de me conduire lui-même à son adversaire. »

Rares sont ses contempteurs. Jean-François Probst, ex-conseiller de Jacques Chirac, en fait partie. « Si elle était bonne conseillère, elle aurait mieux protégé Sarkozy quand il a plongé dans les sondages. De toute façon, elle va se faire prendre son rôle de gourou par Carla. »

Gourou, le terme ferait sursauter Catherine Pégard. « Il faut être modeste quand on conseille Nicolas Sarkozy. Il décide beaucoup seul. D'ailleurs, je ne lui donne un conseil que s'il me le demande. » C'est-à-dire souvent.