Chute de popularité de Macron et Philippe: «Le gouvernement va devoir reconquérir les ruraux»

INTERVIEW Emile Leclerc, directeur d’études chez Odoxa, explique pourquoi le Président et son Premier ministre dévissent dans les sondages…

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Edouard Philippe et Emmanuel Macron à l'Elysée le 30 octobre 2017.
Edouard Philippe et Emmanuel Macron à l'Elysée le 30 octobre 2017. — LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
  • Ils payent les conséquences des conflits sociaux de janvier.
  • Malgré la reprise de la croissance, les Français ne voient pas leur pouvoir d’achat s’améliorer.
  • L’image de « président des riches » continue à coller à la peau d’Emmanuel Macron.

La séquence politique du moment ne leur a pas profité. Selon un sondage Odoxa* diffusé mardi, les cotes de popularité d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe chutent respectivement de six et sept points en un mois pour atteindre leur plus bas niveau depuis leur entrée en fonction en mai 2017. Emile Leclerc, directeur d’études chez Odoxa, revient sur les raisons de cette baisse.

Le fait qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe dévissent dans votre sondage de février est-il inquiétant pour le gouvernement ?

Plus un quinquennat avance, plus la chute de popularité est rapide pour l’exécutif. Mais ce qu’il y a de notable avec ce sondage, c’est qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe battent leur propre record d’impopularité. Cette baisse avait commencé en décembre, mais rien ne dit si elle va se poursuivre. Par ailleurs, les deux hommes conservent un socle solide de soutiens auprès de sympathisants de La République en marche (avec une cote de popularité de 96 % pour Emmanuel Macron et de 94 % pour Edouard Philippe en janvier).

Comment s’explique cette chute ?

Depuis janvier, le gouvernement est entré dans une séquence politique délicate. Il a dû affronter les mouvements sociaux dans les hôpitaux, dans les Ehpad et dans les prisons. Il a été accusé d’une certaine manière de délaisser le service public. Les retraités ont découvert l’impact de la hausse de CSG sur leurs pensions payées en janvier et ont manifesté leur mécontentement. En janvier, le gouvernement a également annoncé qu’il allait abaisser de 90 à 80 km/h la  limitation de vitesse sur les routes secondaires à double sens, une mesure impopulaire…

Les accusations visant Gérald Darmanin et de Nicolas Hulot ont-elles pénalisé l’exécutif ?

Non car ce sont des affaires d’ordre privé qui n’ont pas eu de suites judiciaires pour le moment. L’opinion publique n’en fait pas le reproche au Président et au Premier ministre. Par ailleurs, Nicolas Hulot a gagné 2 points dans notre baromètre par rapport au mois dernier.

La chute de popularité d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne va-t-elle pas compliquer leur action en pleine réforme de la SNCF ?

Avec cette réforme, le gouvernement joue à quitte ou double. C’est une séquence à risques. S’il réussit à la faire passer, l’opinion publique lui en saura gré. Mais s’il y a une grande grève et un blocage du pays, ce sera l’inverse. Pour l’heure, les Français approuvent massivement la réforme du statut des cheminots. En revanche, ils étaient contre la fermeture des petites lignes, auquel le gouvernement a finalement renoncé.

Comment les cotes de popularité du Président et du Premier ministre pourraient-elles remonter dans les prochains mois ?

Pour l’heure, la croissance repart, mais le chômage n’a pas vraiment baissé et les Français ne voient pas leur pouvoir d’achat progresser. Il faut qu’ils sentent que leurs conditions de vie s’améliorent pour garder leur confiance au gouvernement. Par ailleurs, Emmanuel Macron conserve encore dans l’opinion publique son image de Président des riches et de président des villes. Il perd d’ailleurs huit points par rapport au précédent sondage auprès des Français ruraux. Il ne suffit pas d’un passage au salon de l’Agriculture pour inverser la donne. Le gouvernement va devoir reconquérir les ruraux, les CSP- et les ouvriers.

*Enquête réalisée en ligne les 21 et 22 février auprès de 973 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d’erreur de 1,4 à 3,1 points.