Procès Fourniret: «Monique Olivier a fait de ce petit violeur un tueur en série»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Maître Didier Seban, avocat de la famille de Jeanne-Marie Desramault. Ici, au palais de justice d'Amiens dans une autre affaire, le 31 janvier 2005.
Maître Didier Seban, avocat de la famille de Jeanne-Marie Desramault. Ici, au palais de justice d'Amiens dans une autre affaire, le 31 janvier 2005. — Denis Charlet AFP/Archives

Me Didier Seban, avocat de la famille de Jeanne-Marie Desramault, une des victimes de Michel Fourniret, explique ce qu’il attend du procès qui s’ouvre jeudi, à Charleville-Mézières.

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Michel Fourniret a prévenu qu’il ne demandera «jamais pardon aux familles». «La seule qui pourrait me pardonner, c'est la victime. Verbaliser des regrets, c'est odieux», estime le tueur en série présumé. Qu’attendez-vous donc de ce procès?
Nous voulons remplir les pages blanches de l’histoire du couple. Des affaires pour lesquelles Monique Olivier et Michel Fourniret seront jugés à partir de jeudi, on sait à peu près tout, même si elles reposent essentiellement sur leurs aveux. En revanche, nous avons la conviction qu’il y a eu d’autres meurtres. Monique Olivier et Michel Fourniret ont d’ailleurs été mis en examen dans deux autres affaires, mi-mars. Pire: lors de ses auditions, Michel Fourniret parle de deux à trois meurtres par an, soit quarante à soixante victimes potentielles. Il nous paraît donc important de ne pas nous contenter des seuls aveux des deux époux, car on connaît mal le parcours du couple.

>> A lire: Qui sont les victimes de Michel Fourniret?

Quel rôle a joué Monique Olivier dans cette affaire?
Pour moi, elle est plus intelligente que lui. Il est possible qu’elle joue à la femme soumise pour gagner la clémence des jurés lors du procès, mais il existe un rapport de force entre les deux qui est loin de pencher en faveur de Michel Fourniret. Nous avons pu constater, lors de la reconstitution du meurtre de Jeanne-Marie Desramault, en mars 2006, qu’elle ne le craint pas du tout. Lorsqu’elle évoque la sexualité de son époux, un sujet que Michel Fourniret ne supporte pas qu’on aborde, elle répond à ses cris et à ses menaces sans ciller. C’est elle qui fait de ce petit violeur un tueur en série. Elle lui a promis de lui fournir des vierges et ils imaginent les scénarios d’enlèvement ensemble. Dans l’affaire que je défends, il s’agit d’un meurtre à quatre mains pour lequel elle comparaît en tant que co-auteur. Fourniret pense qu’il la domine, mais il se fait arrêter le jour où il n’est pas avec elle. C’est elle qui finit par le dénoncer.

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Monique Olivier et Michel Fourniret sont passés à travers les mailles du filet de la police française durant dix-sept ans. Y a-t-il eu, selon vous, des dysfonctionnements au cours de l’enquête?
Un tueur en série est difficilement concevable en France, où nous privilégions systématiquement le raisonnement local. La piste locale est la bonne pour beaucoup de cas, mais pas pour tous. Par exemple, les enquêteurs ont privilégié la piste locale pour l’affaire Natacha Danais, disparue près de Nantes, perdant un temps précieux. Le problème avec Michel Fourniret est qu’il a tué d’une manière différente ses victimes. Je reconnais que l’enquête était difficile car cet homme, doté d’un physique banal, agissait sur les routes, il ne restait donc pas au même endroit, mais bougeait sur une bonne partie de la France et de la Belgique, et ne laissait pas de traces. Cette affaire pose néanmoins le problème de la logique policière qui consiste à penser local. Quasiment tous les tueurs en série ont été arrêtés par hasard et non au terme d’une enquête. On est loin d’avoir interpellé et poursuivi tous ceux qui sévissent ou ont sévi sur ce territoire.

Pensez-vous que Michel Fourniret soit lié à la disparition d’Estelle Mouzin?
Cela fait cinq ans qu’elle a disparue et nous n’avons pas la moindre piste sérieuse. Michel Fourniret est quelqu’un d’intéressant dans ce dossier, car il a résidé pas loin, Guermantes est une ville qu’il connaît, et Estelle a disparu sur le bord d’une route, comme les victimes reconnues par Michel Fourniret. Et il avait jeté le trouble, écrivant au père d’Estelle qu’il avait des choses à dire. En fait, il a toujours nié son implication, mais si rien ne permet de l’accuser formellement, rien ne permet non plus de l’écarter formellement. Son alibi est un coup de fil, passé à son fils pour son anniversaire depuis la Belgique au moment des faits. Un appel dont ni son fils ni sa belle-fille ne se souviennent.