Michel Fourniret ou le « fauve » dominateur et obsessionnel

Bastien Bonnefous - ©2008 20 minutes

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Michel Fourniret a prévenu : il ne demandera « jamais pardon aux familles ». « La seule qui pourrait me pardonner c'est la victime. Verbaliser des regrets, c'est odieux », estime le tueur en série présumé.

Michel Fourniret aime les grandes phrases, celles des hommes intelligents qui dominent le commun des mortels. Car il aime dominer, c'est ce qui ressort de toutes les enquêtes - policières, judiciaires et psychologiques - menées sur lui. Des quatorze experts qui l'ont examiné, les mêmes mots reviennent : « obsessionnel », « manipulateur », « surestimation de soi », « autoritarisme », « sadique »... Benjamin d'une fratrie de trois enfants, né à Sedan en 1942, Fourniret a toujours eu plus d'ambition que ses simples CAP d'ajusteur et de dessinateur industriel et son QI « à la limite de l'intelligence moyenne ». Ses ex-collègues se souviennent d'un salarié « consciencieux et habile », mais « imbu de lui-même ». Ses deux premières épouses, qui ont chacune divorcé après des condamnations pour agressions sexuelles, décrivent un mari et père « travailleur », mais prenant « plaisir à humilier ».

Avec Monique Olivier, rencontrée par petite annonce en 1986 alors qu'il est incarcéré, Fourniret se transforme en « fauve » et signe ses lettres « Sher Khan », du nom du tigre du Livre de la jungle. Olivier devient sa « mésange », sa « Natouchka ». Selon l'accusation, le couple scelle alors un « pacte criminel » : à sa sortie de prison, Fourniret promet à Olivier de tuer son premier mari qu'elle accuse de violence. En échange, elle doit l'aider à « chasser » des jeunes vierges. Le pacte tiendra dix-sept ans. Lui ne remplira pas sa part, elle si.

Cette obsession de la virginité ne convainc pas les psychiatres qui estiment que « le plaisir de tuer prévaut chez Fourniret sur le mythe idéalisé de la virginité ». Au contraire, plusieurs voient dans cette haine des femmes les effets d'un « traumatisme incestueux » avec sa mère. C'est le sujet qui peut faire sortir Fourniret de sa froideur glaçante : dans une lettre d'octobre 1987 à Monique Olivier, « Sher Khan » avoue que « vers l'âge de 5 ans », sa mère a tenté d'abuser de lui. « Personne n'a jamais su ce que tu vas lire », confiait-il alors à sa « mésange ».