La «chasse aux vierges» des Fourniret

Sandrine Cochard

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Michel Fourniret et Monique Olivier comparaissent devant le tribunal de Charleville-Mézières à partir du 27 mars 2008 pour sept meurtres.
Michel Fourniret et Monique Olivier comparaissent devant le tribunal de Charleville-Mézières à partir du 27 mars 2008 pour sept meurtres. — AFP

Le 27 mars s’ouvre le procès de Michel Fourniret et de son ex-épouse Monique Olivier. Ils comparaissent pour l’enlèvement, le viol et le meurtre de sept jeunes femmes et de tentative d’enlèvement sur une mineure. Retour sur une «chasse aux vierges» qui a marqué la criminalité française.

Qui sont ses victimes?
Michel Fourniret endosse la responsabilité des meurtres d’Isabelle Laville, Fabienne Leroy, Elisabeth Brichet, Jeanne-Marie Desramault et Natacha Danais et celle des assassinats, donc avec préméditation, de Céline Saison et Mananya Thumpong. Soit sept disparitions.

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Des affaires dans lesquelles Monique Olivier comparaît pour complicité, à l’exception du meurtre de Jeanne-Marie Desramault où elle comparaît comme co-auteur.

Ces victimes pourraient ne pas être les seules. Le 12 mars, Fourniret a été mis en examen pour l’enlèvement et le meurtre de deux autres jeunes femmes: Marie-Angèle Domèce, jeune handicapée de 19 ans, et Joanna Parrish, une Britannique de 20 ans originaire de Leeds, assistante d’anglais dans un lycée d’Auxerre. Des affaires qui ne seront pas jugées à Charleville.

Comment procédaient Michel Fourniret et Monique Olivier?
Selon l'enquête, le couple approchait toujours de la même manière: dans un véhicule utilitaire blanc, ils se faisaient passer pour des personnes égarées et accostaient les jeunes filles pour demander leur chemin.

Comment Michel Fourniret s’est-il mis à tuer?
Avant de rencontrer Monique Olivier, Michel Fourniret est un petit délinquant sexuel qui purge une peine pour attouchements. Lorsqu’il entame sa correspondance avec Monique Olivier, en 1987, il ne lui cache pas son obsession de la virginité. «Si l’intention d’une défloration revient un jour ou l’autre m’affleurer, je t’en parlerai librement, je n’entreprendrai pas d’action sans t’en parler», écrit-t-il le 15 septembre 1987*. Monique Olivier lui répond, deux jours plus tard: «Tu sais que c’est avec plaisir que j’exécuterai tes ordres (non monsieur, ce n’est pas du bout des lèvres). Tu sais, ta Natouchka (surnom donné à Monique Olivier par Michel Fourniret ndlr) est prête à t’aider dans beaucoup de choses, elle veut se savoir utile, je veux travailler auprès de mon Fauve (surnom que se donne Michel Fourniret ndlr), le seconder, comprends-tu ce que je veux dire?»*

Le pacte est scellé, d’autant que Michel Fourniret lui a promis qu’il la vengerait des humiliations qu’elle prétend avoir subies de son ex-mari, avec lequel vivent leurs deux enfants. Monique Olivier est prête à vivre avec cet homme qui lui annonce les meurtres à venir sans ciller. Un soutien inconditionnel qu’elle ne lui privera que près de vingt ans plus tard, en avouant les meurtres commis.

Quand commence-t-il à tuer?
Michel Fourniret sort de Fleury-Mérogis le 22 octobre 1987. Son premier meurtre, celui d’Isabelle Laville, a lieu deux mois plus tard.

Comment les enquêteurs remontent-ils jusqu’à lui?

Grâce au témoignage d’une jeune Belge de 13 ans, Marie-Ascencion, qui a échappé aux griffes de son ravisseur, le 26 juin 2003. Car depuis sa sortie de prison en 1987, Michel Fourniret n’a jamais été inquiété. Comme il opère toujours sur les routes où il lui est facile de s’évaporer, et que son terrain de chasse, très vaste, se partage entre la France et la Belgique, les polices des deux pays n’ont pas l’idée de croiser leurs enquêtes, passant à côté de précieuses informations. Il faudra attendre des analyses ADN, réalisées en France en juin 2004, qui révèlent que le cheveu trouvé dans la camionnette de Michel Fourniret est celui d’une jeune fille disparue, Mananya Thumpong, et les aveux de Monique Olivier, interrogée sans relâche depuis la tentative d’enlèvement de Marie-Ascencion, pour confondre Fourniret.

Quel rôle a joué Monique Olivier?
La personnalité de Monique Olivier sera une des clés du procès. Sur les sept meurtres qui seront étudiés, elle comparaît pour complicité dans six et comme co-auteur dans un. Monique Olivier pourrait avoir joué un rôle bien plus important que celui de simple complice. «Sans elle, je ne serais pas allé jusqu’au bout» affirme-t-il aux enquêteurs. Elle fait également office de rabatteuse pour Fourniret. Les experts qui ont interrogé Monique Olivier affirment qu’elle n’est «ni dépendante, ni suggestible», la décrivent comme «insensible à la souffrance d’autrui» et notent sa «propension à la manipulation». «Elle a alimenté et facilité le fonctionnement pervers de Fourniret, encouragé ses passages à l’acte criminel», soutient le Dr Philippe Herbelot dans «Le pacte des Fourniret». Une interaction bien loin de l’image de femme soumise.


*Source: «Le pacte des Fourniret», Ed. Hachette Littératures, 2008.