«Le bac paie son image fantasmée»

EDUCATION Interview de l'historien Jean-Pierre Rioux, à l'occasion des 200 ans du célèbre examen...

Recueilli par Laure de Charette

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"Les femmes investissent le baccalauréat surtout à partir de 1924, lorsque le programme des collèges et lycées de jeunes filles est aligné sur celui de l'enseignement secondaire masculin", explique M. Marchand. Plus récemment, l'histoire du bac se confond avec la massification des effectifs scolaires et des records historiques de candidats reçus: 82,1% de réussite en 2006 et 83,3% en 2007!
"Les femmes investissent le baccalauréat surtout à partir de 1924, lorsque le programme des collèges et lycées de jeunes filles est aligné sur celui de l'enseignement secondaire masculin", explique M. Marchand. Plus récemment, l'histoire du bac se confond avec la massification des effectifs scolaires et des records historiques de candidats reçus: 82,1% de réussite en 2006 et 83,3% en 2007! — Thomas Coex AFP/Archives

Interview de l'historien Jean-Pierre Rioux, à l'occasion des 200 ans du célèbre examen.

Le bac fête ses 200 ans cette semaine. A quoi ressemblait-il à sa création en 1808?


Le diplôme était centré sur les lettres et les mathématiques, il y avait très peu d’autres disciplines et seuls les garçons pouvaient être candidats. C’était le privilège exceptionnel des élites : jusqu’en 1900, moins de 1% d’une classe d’âge passe le bac. Il s’agissait de donner un accès à l’université, créée elle aussi sous Napoléon.

Quelles sont les grandes étapes de l’examen?

Deux verrous ont sauté en 1925: une section moderne langue-sciences est créée en plus des sections latin-grec et latin-sciences. Résultat : on peut devenir bachelier sans maîtriser parfaitement le latin. Et les filles, candidates depuis l’extrême fin du 19ème seulement, représentent désormais un tiers des bacheliers.

L’autre date clef, ce sont les années 1980: Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Education nationale, décide qu’il faut amener 80% d’une classe d’âge au bac, alors que vingt ans plus tôt, il n’y a encore que 60.000 candidats, équivalent à 11% d’une génération. L’idée est de combattre la crise économique par le savoir et le diplôme.

Quelles sont selon vous les forces et les faiblesses actuelles du bac?

Socialement, ça reste un rite de passage. C’est le seul examen qui ait encore valeur de label. Mais le bac incarne toutes les contradictions de l’école: il pêche par sa lourdeur – il existe une dizaine de matières à l’examen, dont des options comme le Chinois troisième langue – et son coût: 200 millions d’euros par cession! Et il ne fait plus office de sésame pour faire des études supérieures: pour intégrer les IEP, prépas, IUT ou BTS, il faut aujourd’hui une mention plus un examen du dossier.

Comment expliquez-vous que le bac soit devenu intouchable?

Cet examen est vécu comme un brevet d’émancipation sociale. Comme le badge impératif pour entrer dans les études et l’emploi. Du coup dès qu’on parle de supprimer une épreuve, c’est la catastrophe nationale. Le bac paie son ancienneté et son image fantasmée.

Comment faudrait-il pourtant le réformer?

Il faudrait rendre la scolarité au lycée moins dépendante du bac sinon dès la seconde, profs et élèves sont tributaires de cette échéance et toute innovation pédagogique est rendue impossible. Pour cela, il faut insuffler plus de contrôle continu. Et il devient aussi impératif de limiter le nombre d’épreuves.