Ce qu'il faut retenir du gouvernement Fillon III

POLITIQUE Qui y perd? Qui y gagne? Pourquoi l’ouverture est-elle laissée sur le côté? 20minutes.fr fait le point...

Vincent Glad

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Une partie des membres du gouvernement Fillon III
Une partie des membres du gouvernement Fillon III — DR

Un mini-remaniement, plus qu’un grand bouleversement. Au lendemain des municipales, Nicolas Sarkozy a choisi de modifier en douceur son équipe gouvernementale. Qui y perd? Qui y gagne? Pourquoi l’ouverture est-elle laissée sur le côté? 20minutes.fr fait le point.

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Qui sont les petits nouveaux?


- Nadine Morano, fidèle porte-voix du sarkozysme, souvent moquée pour son côté «grande gueule» obtient le poste de secrétaire d’Etat à la Famille. Son portrait.
- Christian Blanc, ancien PDG de la RATP et d’Air France, s’occupera du projet de «Grand Paris» cher à Nicolas Sarkozy au poste de secrétaire d’Etat au développement de la région capitale. Son portrait.
- Anne-Marie Idrac, qui vient de quitter contre son grés ses fonctions de PDG de la SNCF, intègre le gouvernement en tant que secrétaire d’Etat au Commerce extérieur. Son portrait.
- Yves Jégo, fidèle lieutenant du président, remplace Christian Estrosi au poste de secrétaire d’Etat à l’Outre-mer. Son portrait.
- Alain Joyandet, député-maire de Vesoul, entre au gouvernement en tant que secrétaire d’Etat à la Coopération et la Francophonie. Son portrait.
- Hubert Falco, ancien chiraquien converti au sarkozysme, devient secrétaire d’Etat à l’Aménagement du territoire. Son portrait.


Qui sont les gagnants au sein du gouvernement?

Vainqueurs surprises au premier tour des municipales à Chaumont et au Puy-en-Velay, Luc Chatel et Laurent Wauquiez, jeunes loups de l’UMP, sortent renforcés de ce remaniement ministériel. Luc Chatel, déjà secrétaire d’Etat à la Consommation, cumulera ce poste avec celui de porte-parole du gouvernement. Laurent Wauquiez, anciennement chargé du porte-parolat, devient secrétaire d’Etat à l’Emploi, un rôle qui s’annonce majeur dans la nouvelle reconfiguration ministérielle.

Christine Lagarde, dont la responsabilité sur l’Emploi était contestée par Xavier Bertrand, sort gagnante du remaniement: non seulement elle garde ses attributions, mais son équipe est étoffée par Laurent Wauquiez, jeune secrétaire d’Etat à l’Emploi en pleine explosion médiatique.

Jean-Louis Borloo peut aussi être content. L’intitulé de son super-ministère de l’Ecologie s’allonge encore et gagne la mention de l’Energie, dont la responsabilité était contestée par Bercy. Borloo est dorénavant le ministre «de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire». Ca va commencer à faire long sur les cartes de visites...

Eric Besson, qui était en charge de la très floue «Prospective», gagne en responsabilités. Il garde ses attributions mais s’occupera aussi – et c’est une surprise – du Développement de l’économie numérique qui était promis au «Monsieur Internet» de l’UMP, Thierry Solère. Déception chez les internautes qui attendaient un secrétaire d'Etat de plein exercice.

Alain Marleix, qui s’occupait des Anciens combattants, monte en grade et obtient le secrétariat d’Etat des Collectivités locales. Ce spécialiste des élections sera chargé de redessiner la carte électorale.


Qui sont les perdants au sein du gouvernement?


La disgrâce la plus spectaculaire est celle de l’ex-socialiste Jean-Marie Bockel, qui perd son portefeuille de secrétaire d’Etat à la Coopération pour rejoindre le peu enthousiasmant secrétariat d’Etat aux Anciens combattants.

Il semble que François Fillon soit parvenu à modérer les ambitions de Xavier Bertrand, qui brûle de devenir Premier ministre. Le ministre du Travail voulait rattacher l’emploi à son ministère. Pas de chance: un secrétariat d’Etat à l’Emploi est créé… à Bercy.


Derrière ce remaniement, quelles sont les intentions de Sarkozy?


L’entrée au gouvernement de 3 fidèles sarkozystes (Nadine Morano, Yves Jégo et Alain Jouyandet) laisse peu de doutes sur les intentions du Président: après la parenthèse de l’ouverture et la grogne conséquente de ses troupes, Nicolas Sarkozy récompense ceux qui ne l’ont jamais lâchés… même si ils ont été sanctionnés aux municipales, comme Nadine Morano, sévèrement battue dans son fief de Toul.

De manière générale, les principes qui ont présidé à la constitution du premier gouvernement Fillon ont été mis sur le côté. Oubliée l’ouverture, mais aussi oubliée la parité (13 femmes sur 38 membres) et la volonté d’avoir une équipe resserrée (aux 20 membres du début sont venus s’ajouter 18 secrétaires d’Etat au terme de deux remaniements). Nicolas Sarkozy revient à un gouvernement plus traditionnel, rompant avec la rupture. Pas de grosse proie à gauche, pas d’énormes surprises, pas de «bling-bling»: c’est un nouveau Sarkozy, plus présidentiel, plus «Ve République», qui transparaît derrière ces nominations.


Pourquoi n’avoir changé aucun ministre?


Nicolas Sarkozy a préféré effectuer un mini-remaniement, ne touchant pas aux 15 ministres qui font l’ossature du gouvernement. Il signifie ainsi que la nouvelle configuration de l’équipe Fillon n’annonce pas une nouvelle politique. Au soir du second tour, le politologue Dominique Reynié expliquait sur 20minutes.fr que le président ne pouvait faire d'autre choix: «La difficulté pour Sarkozy, c’est que les Français n’ont pas clairement dit qu’ils désapprouvaient l’action du gouvernement et de ses ministres, mais plutôt sa propre attitude. Il ne faut pas que Sarkozy laisse penser qu’il s’en prend à son gouvernement en effectuant un grand remaniement alors que c’est lui le problème». Ce n'est qu'une trêve: les grandes manœuvres au sein du gouvernement devraient avoir lieu au début 2009, à la fin de la période de présidence de l’Union européenne par la France.