Compte obscur au pays du Soleil-Levant

Bastien Bonnefous

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SUMO: Il est, en France, l'un des rares passionnés et connaisseurs de ce sport traditionnel japonais très codifié dans lequel des lutteurs de 150 kg allient une force hors norme à une agilité de ballerine. Sumo, c'est aussi le nom de son petit bichon blanc frisé, dont il va chercher les jouets sous les meubles, selon sa femme Bernadette.

Ici le 22 février 2007 à l'Elysée, avec le grand champion de sumo, le Mongol Asashoryu.
SUMO: Il est, en France, l'un des rares passionnés et connaisseurs de ce sport traditionnel japonais très codifié dans lequel des lutteurs de 150 kg allient une force hors norme à une agilité de ballerine. Sumo, c'est aussi le nom de son petit bichon blanc frisé, dont il va chercher les jouets sous les meubles, selon sa femme Bernadette. Ici le 22 février 2007 à l'Elysée, avec le grand champion de sumo, le Mongol Asashoryu. — SIPA

Jacques Chirac adore le Japon, peut-être un peu trop, à en croire le livre de Nicolas Beau et Olivier Toscer*. Pendant deux ans, les deux journalistes ont mené une enquête fouillée sur le prétendu «compte japonais» de l'ancien chef de l'Etat. Une affaire qui a provoqué une crise entre Jacques Chirac et Lionel Jospin à la fin de la cohabitation en 2001, suivi d'un coup de balai dans les services secrets français.

A l'origine de cette histoire rocambolesque, une enquête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en 1996 sur la banque japonaise Tokyo Sowa Bank (TSB), qui souhaite faire des affaires en France. A la tête de l'établissement, l'homme d'affaires sulfureux Shoichi Osada. Le 11 novembre 1996, l'agent de la DGSE à Tokyo envoie au siège des services à Paris un message classé «urgent réservé» qui fait état de l'existence d'un compte bancaire détenu par Jacques Chirac à la TSB, qui serait crédité alors de 300 millions de francs (45 millions d'euros). Le dossier reste en sommeil jusqu'en 2001 et sa réactivation par un membre de la DGSE. Selon le livre, l'Elysée y voit alors un coup tordu de la gauche à l'approche de la présidentielle. Le général Philippe Rondot - le même qui interviendra trois ans plus tard dans l'affaire Clearstream - est alors chargé de mener une enquête sur l'enquête de la DGSE. Pour preuve, des notes saisies chez lui par les juges de l'affaire Clear-stream. Lors de son audition en mars 2006, Philippe Rondot ira jusqu'à préciser que le compte aurait été ouvert, selon lui, en 1992. Des propos qu'il dément depuis.

A ce jour, la justice n'a pas ouvert d'enquête. Jacques Chirac a démenti avoir eu un compte japonais, et prétend n'avoir croisé le banquier Osada, emprisonné dans son pays en 2000 pour malversations, qu'en 1993. Le livre établit, lui, des liens plus étroits et anciens entre les deux hommes. Désormais, l'ex-président prépare le lancement de sa fondation pour le «dialogue des cultures». Deux voyages sont déjà prévus pour ce printemps: l'un en Chine, l'autre au Japon.