Euthanasie: retour sur une affaire qui relance la polémique

DECRYPTAGE De quoi souffre Chantal Sébire? Que demande-t-elle exactement? Y a-t-il des précédents? 20minutes.fr fait le point...

Catherine Fournier

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Cette ancienne institutrice, mère de trois enfants, domiciliée à Plombières-les-Dijon (centre-est), souffre d'une "esthesioneuroblastome", une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale. Cette maladie très rare - 200 cas recensés dans le monde en 20 ans - est incurable et provoque une déformation irréversible du visage et des souffrances "atroces", selon Mme Sébire
Cette ancienne institutrice, mère de trois enfants, domiciliée à Plombières-les-Dijon (centre-est), souffre d'une "esthesioneuroblastome", une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale. Cette maladie très rare - 200 cas recensés dans le monde en 20 ans - est incurable et provoque une déformation irréversible du visage et des souffrances "atroces", selon Mme Sébire — Jeff Pachoud AFP/archives
Les réactions ont été nombreuses, après qu'une mère de famille de 52 ans, Chantal Sébire, a saisi la justice pour demander son euthanasie. Sa demande a été rejetée ce lundi. Retour sur une affaire qui relance la polémique sur la loi Leonetti et «le droit à mourir».

De quelle pathologie est atteinte Chantal Sébire?
Cette ex-professeur de 52 ans, mère de trois enfants, a appris en 2002 qu'elle était atteinte d'une «Esthesioneuroblastome», une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale. Il s'agit d'une maladie très rare, incurable et dont l'évolution provoque une déformation spectaculaire et irréversible du visage et des souffrances «atroces», selon Chantal Sébire. Le conseiller de Nicolas Sarkozy pour les questions de santé lui avait toutefois proposé ce jeudi qu'un «nouvel avis médical» soit donné par un collège de professionnels. L'intéressée a refusé.

En quoi sa demande d'euthanasie est inédite? C'est la première fois en France qu'une personne saisit la justice, par le biais l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), pour demander sa propre euthanasie. Dans le cas de l'affaire Vincent Humbert, le jeune homme tétraplégique avait alerté l'opinion en demandant au président Chirac «le droit de mourir». Par ailleurs, le fils de Marie Humbert était sous respirateur artificiel, alors que la survie de Chantal Sébire ne dépend pas d'une assistance médicale.

Que demandait-t-elle exactement? Chantal Sébire demandait d'«autoriser l'un de ses médecins à lui prescrire le traitement nécessaire pour lui permettre de terminer sa vie dans le respect de sa dignité». A savoir du Penthotal, un barbiturique qui «tue» en quelques minutes, qu'elle pourrait absorber au moment de son choix. Une méthode légale en Belgique, en Hollande ou en Suisse. Le président du tribunal de Dijon a rejeté sa demande.

Que prévoit la loi? La loi Leonetti du 22 avril 2005 tend à instaurer un droit au «laisser mourir», sans permettre aux médecins de pratiquer une euthanasie active. «Nous ne demandons que son application», affirmait Gilles Antonowicz, l'avocat de Chantal Sébire. Selon lui, cette loi «reconnaît le droit aux malades en fin de vie de refuser tout traitement et le droit de soulager leurs souffrances, mais elle ne dit rien lorsque les malades refusent la solution proposée qui est le coma artificiel et la mort au bout de dix à quinze jours».

Quels sont les arguments des «pro-euthanasie active»? «La dignité» arrive en premier lieu. Gilles Antonowicz compte «demander au tribunal de respecter la dignité de la personne», en se référant à l'article L1110-2 du code de la Santé publique. Marie Humbert, elle, évoque aussi «la volonté de Chantal Sébire de ne pas infliger à ses enfants la vue de son agonie. Son cœur se porte bien, le coma artificiel peut donc durer cinq à quinze jours, elle ne veut pas que sa famille soit là à attendre», explique-t-elle, très émue, déplorant que «cinq ans après la mort de son fils, on en soit toujours là». Le médecin Bernard Senet, membre de l'ADMD et qui s'est dit prêt à aider Chantal Sébire à mourir sur RTL, estime aussi que «la possibilité de plonger le malade dans un coma artificiel est un peu hypocrite, puisqu'au bout il y a la mort. Par ailleurs, on ne sait pas ce que les gens vivent dans le coma», ajoute-t-il, soulignant que «la loi doit s'adapter aux cas particuliers». Pour le généraliste, qui dénonce le retard de la France dans ce domaine, «on est dans un débat idéologique important» sur la question de savoir qui doit disposer de son corps, le patient, le citoyen ou le médecin.

Quels sont les arguments des opposants à «l'euthanasie active»? Ils mettent l'accent sur l'impossibilité de légiférer au cas par cas. Selon Jean Leonetti, député UMP des Alpes-Maritimes et auteur de la loi de 2005, «c’est la qualité de la fin de vie qui doit primer. Aujourd’hui, pour le cas de Chantal Sébire, on est dans l’impasse puisqu’elle refuse les soins palliatifs, explique-t-il à «20 Minutes». Elle refuse le suicide qui est une liberté, et elle demande le suicide assisté en faisant appel au droit. La question est: faut-il un débat sur le suicide assisté? Moi, je suis pour, mais cela implique une réflexion approfondie de toute la société et c’est un débat qui ne peut pas avoir lieu dans un contexte aussi dramatique», conclut-il. La garde des Sceaux Rachida Dati estime pour sa part que «la médecine n'est pas là pour administrer des substances létales (...). Ce n'est pas notre droit et nous avons fondé notre droit et la Convention européenne des droits de l'homme sur le droit à la vie». Plus nuancé, le Premier ministre considère qu'on est là «aux limites de l'intime, de ce que la société peut dire, de ce que la loi peut faire». «Je ne crois pas qu'il faille faire penser aux Français qu'on pourrait régler par la loi dans le détail cette question», ajoute-t-il. Quant à Gilles Devers, avocat qui tient son blog sur 20minutes.fr, il estime que «ce qui paraît impossible à satisfaire c’est cette volonté de demander à la loi ou au juge d’abolir la notion de responsabilité alors qu’il s’agit de décider du passage de la vie à la mort. Comment peut-on envisager que la responsabilité guide toute l’existence et disparaît au moment où elle est le plus nécessaire?»