«Beaucoup de femmes ignorent tout des limites de leur fertilité»

INTERVIEW François Olivennes, gynécologue-obstétricien, tire la sonnette d'alarme dans son livre «N'attendez pas trop longtemps pour avoir un enfant»...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Devenir mère est toujours un frein à la carrière professionnelle pour les jeunes femmes, contrairement à leurs compagnons, qui pâtissent beaucoup moins de leur paternité, selon une étude du Centre d'étude et de recherche sur les qualifications (Céreq) publiée vendredi.
Devenir mère est toujours un frein à la carrière professionnelle pour les jeunes femmes, contrairement à leurs compagnons, qui pâtissent beaucoup moins de leur paternité, selon une étude du Centre d'étude et de recherche sur les qualifications (Céreq) publiée vendredi. — Didier Pallages AFP/Archives

François Olivennes, gynécologue-obstétricien, tire la sonnette d'alarme dans son livre «N'attendez pas trop longtemps pour avoir un enfant» (Editions Odile Jacob), qui paraît ce jeudi, au lendemain de la Journée nationale de la fertilité. Il explique sa démarche à 20minutes.fr

La France est championne d'Europe en matière de fécondité, avec 1,98 enfant par femme en 2007. La situation n'est donc pas si grave?

Certes, mais ce chiffre n'a rien à voir avec celui, inconnu, du nombre de femmes qui veulent avoir un premier ou un deuxième enfant et qui n'y arrivent pas. Elles sont nombreuses, croyez-moi. La raison? Beaucoup d'entre elles ignorent tout des limites de leur fertilité.

C'est-à-dire?

Depuis toujours, les femmes pensent qu'elles peuvent faire des enfants jusqu'à la ménopause. Cette croyance a été renforcée par les progrès de la procréation médicale assistée et la médiatisation de grossesses tardives, qui résultent souvent d'un don d'ovocyte (une ovule qui n'est pas encore arrivée à maturité, ndlr). Or, au-delà de 43 ans, on obtient que 2% d'accouchement après une fécondation in vitro.

La difficulté d'avoir des enfants est donc davantage liée à l'âge qu'à des facteurs environnementaux?

Même si ces derniers ont une incidence, notamment sur le sperme, il est difficile de d'évaluer leur impact sur la fertilité de la femme, qui ne se mesure pas selon des paramètres objectifs. Mais il est clair qu'elle chute de manière importante autour de 38 ans. Les femmes reculent pourtant de plus en plus l'âge de procréer: il y a vingt ans, 8.000 d'entre elles accouchaient après 40 ans, contre 28.000 aujourd'hui.

Comment éviter que des facteurs professionnels ou affectifs reculent trop l'âge de la grossesse?

Le gouvernement devrait mener une campagne de prévention afin d'alerter sur les risques encourus. J'ai justement écrit ce livre pour que toutes les femmes disposent des faits, des chiffres et des données médicales nécessaires pour pouvoir organiser leur vie en conscience. Si les aléas de la vie font qu'elles n'ont pas pu envisager une grossesse avant la fin de la trentaine, je leur conseille de consulter un spécialiste après six mois d'essai, pas plus.

Avant d'aller voir un spécialiste, quel conseil donneriez-vous à un couple qui souhaite avoir un enfant?

D'avoir des rapports sexuels tous les deux jours en milieu de cycle (qui dure environ 28 jours, ndlr). Si cette technique ne fonctionne pas, on peut aussi se procurer des tests d'ovulation en pharmacie afin de déterminer exactement le moment propice.