A Bagneux, les habitants veulent éviter le parallèle avec l’affaire Halimi

Vincent Glad

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La résidence Pablo-Picasso à Bagneux où a eu lieu l'agression.
La résidence Pablo-Picasso à Bagneux où a eu lieu l'agression. — S. POUZET / 20 MINUTES

Un bâtiment moderne, bien entretenu, avec une jolie cour intérieure. C’est dans un box de la résidence Pablo-Picasso de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, que six individus ont séquestré et torturé pendant une journée un jeune de 19 ans, lui proférant, selon les déclarations à la police, des insultes homophobes et antisémites.

>> Lisez notre article récapitulatif sur l'agression à Bagneux...

Dans le quartier, aux abords de la résidence, les badauds l'assurent: c’est juste «un règlement de comptes». L’ombre du meurtre d’Ilan Halimi par le «gang des barbares», qui s'était déjà déroulé à Bagneux, plane sur les discussions, mais tout le monde veut éviter la référence. Le parallèle est effectivement tentant: la cité où le jeune homme de confession juive avait été torturé est située 500 mètres plus loin. D’autant que les agresseurs auraient fait, selon Le Parisien, explicitement référence au gang de Youssouf Fofana lors de la séquestration.

«Tous ces jeunes se connaissaient depuis longtemps»

La boulangère, qui aperçoit de son comptoir la petite voie d’accès vers le box où a eu lieu le drame, en est certaine: «Il n’y a aucun rapport avec l’affaire Halimi, ce sont les médias qui relient artificiellement les deux histoires. “Sale juif”, c’est le genre d’insultes qu’on peut malheureusement entendre quotidiennement. Tous ces jeunes, y compris la victime, se connaissaient depuis longtemps, ça ne peut être qu’un règlement de comptes.»

Devant la résidence, deux jeunes hommes de 15-16 ans toisent les caméras posées face à eux, sans trop comprendre toute cette agitation. «Je connais bien les jeunes impliquées dans cette histoire», explique à 20minutes.fr un des deux. «Parmi les jeunes de la résidence, c’était les “grands”. Ils avaient des problèmes avec la police pour des histoires de drogue. La personne qui s’est fait frapper était juive, mais tout le monde le considérait comme un athée. Je ne crois pas que ces violences impardonnables soient à caractère antisémite. Il était plutôt un “souffre-douleur“, un caractère plus faible que les autres.»

«A Bagneux, ça ne va vraiment pas arranger les choses…»

Patrice Martin, candidat MoDem aux cantonales, connaît bien le quartier. Sa permanence de campagne est installée à 50 mètres des lieux de l’agression. «Bagneux est une plaque tournante du trafic de drogue. Je suis persuadé que c’est un règlement de comptes qui a été monté en épingle par les médias. Il y a certainement un lien avec la drogue» Au lendemain de cette interview, Patrice Martin dément ces propos, précisant que l'enquête n'a pour l'instant rien prouvé. «Je partage la douleur des familles concernées», ajoute t-il.

Une mission locale Jeunes est installée juste à côté de la résidence Pablo-Picasso. Dépitée, une employée déplore cette nouvelle affaire: «Deux ans après l’affaire du "gang des barbares", les jeunes de Bagneux ont du mal à trouver du travail quand ils disent d’où ils viennent. Là, ça ne va vraiment pas arranger les choses…»