Enquête sur l’UIMM: la piste politique est ouvertement évoquée

Vincent Glad

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L'IUMM a contre-attaqué lundi face au Medef, acceptant le "réexamen" des conditions du départ de Denis Gautier-Sauvagnac et une nouvelle direction générale, pour mieux revendiquer toute sa place au sein du patronat français.
L'IUMM a contre-attaqué lundi face au Medef, acceptant le "réexamen" des conditions du départ de Denis Gautier-Sauvagnac et une nouvelle direction générale, pour mieux revendiquer toute sa place au sein du patronat français. — Miguel Medina AFP
La guerre ouverte entre Laurence Parisot, patronne du Medef, et l’UIMM, principale fédération de l’organisme patronale, relance une question latente depuis plusieurs mois: comment ont été exactement utilisés les 19 millions d’euros retirés en liquide entre 2000 et 2007 par Denis Gautier-Sauvagnac, ex-patron de l’UIMM?

Si ce dernier a lui-même reconnu que l’argent a servi à «fluidifier» les relations de l’UIMM avec les syndicats, de nombreux observateurs s’interrogent sur d’éventuelles enveloppes destinées au monde politique.

François Chérèque a allumé la mèche lundi au micro de France Info: «En montrant du doigt les syndicats, on voulait cacher d’autres financements par l’UIMM, en particulier des financements politiques». Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC, s’est fait encore plus précis lors d’une interview sur Public-Sénat: «Pourquoi ne pas s’intéresser à certains parlementaires dont chacun sait que, pendant des années, ils présentaient des amendements qui leur avaient été soigneusement rédigés par l’UIMM, notamment sur les questions relatives au temps de travail».

«Seuls quelques naïfs croient encore…»

Le juge d’instruction Roger Le Loir, en charge du dossier, semble s’intéresser lui aussi à la piste politique. Yves Bertrand, patron des Renseignements généraux (RG) entre 1992 et 2004, sera entendu comme témoin le 13 mars. Le juge s’intéresse à un court passage de son livre «Je ne sais rien mais je dirais (presque) tout» publié en octobre dernier aux éditions Plon.

«Seuls quelques naïfs croient encore que Giscard a pu mener campagne, en 1974, avec les maigres moyens humains des Républicains indépendants», déclare Yves Bertrand dans ce livre d’entretiens. «Sa logistique, son service d'ordre, ce sont les “petits gars” d'Ordre nouveau qui les ont assurés, grâce aux enveloppes en liquide [...] de la fameuse UIMM».

«Tous les partis politiques en mesure de prendre le pouvoir»

Interrogé par 20minutes.fr, Yves Bertrand livre une explication de texte de ces quelques lignes: «Dans mon livre, j’évoque la campagne de Giscard d’Estaing. Mais c’est uniquement parce que le journaliste qui m’interviewait m’a posé des questions à ce sujet. A mon avis, tous les partis politiques en mesure de prendre le pouvoir ont profité un jour ou l’autre des largesses de l’UIMM».

L’UIMM aurait-il pu continuer ses pratiques ces dernières années? Yves Bertrand ne l’exclut pas complètement: «La loi sur le financement des partis [votée en 1988, ndlr] a moralisé quasiment totalement ce genre de pratiques». Dans la bouche d’un ancien patron des RG, tout est dans le «quasiment»…