«L’UIMM ne veut pas aller jusqu’à une scission du Medef»

Propos recueillis par Vincent Glad

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La présidente du Medef Laurence Parisot
La présidente du Medef Laurence Parisot — Stéphane de Sakutin AFP

Stéphane Sirot est historien et professeur à l’université de Cergy-Pontoise, spécialisé dans l’histoire syndicale. Pour 20minutes.fr, il analyse les rapports de force entre Laurence Parisot et l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), à la suite de la polémique déclenchée par la révélation d’un chèque de départ de 1,5 millions d’euros versé à l’ancien président de la centrale, Denis Gautier-Sauvagnac.
 
 
Quelle est l’importance de l’UIMM au sein du patronat français?
Le patronat de la métallurgie jouit avant tout d’un grand prestige historique. Sous la forme de son ancêtre, le Comité des forges, créé en 1864, ce fut la première forme efficace d’organisation patronale. Traditionnellement, c’est toujours l’UIMM qui gère les relations avec les syndicats au nom du patronat français. Aujourd’hui, les membres de la fédération restent les principaux négociateurs des grands accords sociaux. Quand Nicolas Sarkozy a lancé les discussions sur le contrat de travail en 2007, c’est Denis Gautier-Sauvagnac, alors patron de l’UIMM, qui était le négociateur en chef pour le Medef.
 
Y a-t-il une grande différence culturelle entre Laurence Parisot et l’UIMM?
Oui, la patronne du Medef a un discours modernisateur qui s’oppose à une UIMM plus traditionnelle. Le patronat de la métallurgie a historiquement un discours plus paternaliste et une volonté de pacifier, voire de «fluidifier» les relations sociales. Ils en ont tiré une grande capacité à dialoguer avec les syndicats. Ça ne sera pas simple pour Laurence Parisot de remplacer ces négociateurs expérimentés dans les discussions en cours.
 
Laurence Parisot a-t-elle des arrière-pensées quand elle s’attaque à l’UIMM à travers l’affaire Gautier-Sauvagnac?
On a l’impression que Laurence Parisot instrumentalise cette affaire pour essayer de se débarrasser du poids écrasant de l’UIMM. Longtemps, la fédération était considérée comme un faiseur de rois auquel il fallait faire allégeance pour accéder à la présidence du Medef. Laurence Parisot, qui s’est appuyée sur l’industrie des services, est la première à accéder aux plus hautes fonctions sans le soutien de l’UIMM. Ce n’est un secret pour personne: ses relations avec le patronat de la métallurgie n’ont jamais été vraiment profondes et cordiales.
 
Peut-on imaginer une scission au sein du Medef, avec une UIMM qui deviendrait autonome?
L’UIMM ne veut certainement pas en arriver là. Profitant de leur poids au sein de l’organisation, ils peuvent mener un vrai bras de fer avec la direction, mais ils n’iront pas jusqu’à l’autonomie. Le mouvement de l’histoire va vers une confédération des forces patronales, pas vers un morcellement. D’autant qu’on voit mal une UIMM, en délicatesse avec l’opinion après le scandale Gautier-Sauvagnac, tenter l’aventure seule.