Opération à Villiers-le-Bel: syndicats et journalistes se renvoient la balle sur la médiatisation

SECURITE Alors que la polémique enfle...

Catherine Fournier (avec agence)

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Trente-trois personnes, soupçonnées d'avoir participé aux violences contre les forces de l'ordre fin novembre 2007 à Villiers-le-Bel, ont été interpellées lundi lors d'une opération de grande ampleur qui a mobilisé près d'un millier de policiers dans cette ville du Val-d'Oise.
Trente-trois personnes, soupçonnées d'avoir participé aux violences contre les forces de l'ordre fin novembre 2007 à Villiers-le-Bel, ont été interpellées lundi lors d'une opération de grande ampleur qui a mobilisé près d'un millier de policiers dans cette ville du Val-d'Oise. — Franck Fife AFP

Alors que 35 personnes ont été interpellées dans le cadre d’un vaste coup de filet ce lundi matin à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), la polémique enfle sur la médiatisation de l’opération visant les auteurs de violences survenues fin novembre. Après Ségolène Royal et François Bayrou, la ministre de l’Intérieur elle-même, Michèle Alliot-Marie, a affirmé regretter «profondément que des fuites aient conduit à une médiatisation importante de cette opération».

«C'était un secret de polichinelle»

D’où viennent ces fuites? Plusieurs journalistes évoquent «des sources syndicales» au sein de la police. Ainsi, Luc Bronner écrit dans «Le Monde» daté de mardi que les journalistes ont été «prévenus trois jours plus tôt par des sources syndicales». «S’il y avait autant de médias sur place - plusieurs dizaines selon lui -, c’est que les syndicats devaient se sentir très libres de communiquer», explique-t-il à 20minutes.fr Selon lui, «même certains habitants du quartier étaient au courant».

«On sait depuis longtemps qu'une opération était prévue» à Villiers-le-Bel «car elle avait été reportée déjà deux fois» depuis fin 2007, confirme Rémy Bellon, journaliste à l'AFP. «On essayait donc de savoir quand elle aurait lieu» et, «vu le nombre de policiers engagés (environ un millier: ndlr), il était obligé que cela se sache», ajoute-t-il. «C'était un secret de polichinelle».

«Une affaire politique»

Selon l’AFP, certains membres de la direction de la police affirment que les journalistes ont été alertés par des SMS provenant de sources syndicales policières. «Ils ne venaient pas de l’Unsa Police», affirme à 20minutes.fr Joaquin Masenet, secrétaire général du syndicat majoritaire de la police nationale, plutôt réputé à gauche. «J’ai appris la tenue de cette opération en écoutant la radio ce lundi matin», affirme-t-il. «Tout ça ne peut pas être autre chose qu’une affaire politique, à quelques jours d’échéances électorales. Si on avait vraiment voulu empêcher les journalistes de filmer, ce n’était pas difficile», estime le responsable syndical, dénonçant une «médiatisation déplorable, aussi bien pour la sécurité des collègues que pour la confidentialité des personnes interpellées.»

Un avis partagé par Bruno Beschizza, secrétaire général de Synergie-Officier de police, qui fait valoir qu'une telle alerte «ne servirait pas nos collègues sur le terrain». Le second syndicat, Alliance, estime qu'il s'agit là «d'un problème anodin et met au défi les journalistes de donner leur sources. L'important, c'est que l'opération policière de ce matin a permis d'interpeller des individus susceptibles pour certains d'avoir tiré sur des policiers», explique Jean-Claude Delage à 20minutes.fr

Une enquête ouverte?

«En tant que journalistes, nous avions le devoir d’être présents, même s’il y avait manifestement une part de communication politique dans cette opération», estime en tout cas Luc Bronner. Sur place, il précise qu’«une grande tolérance était observée à l’égard des journalistes».

«J’ai eu le directeur de cabinet du ministère de l’Intérieur pour lui demander d’où venaient les fuites, on m’a répondu qu’une enquête allait être menée», précise Jaoquin Masenet. Contacté, le ministère de l’Intérieur n’avait pas encore confirmé cette information.