«Pas vu pas pris, pris pendu»: Jérôme Kerviel donne sa version de l'affaire

REVELATIONS Le trader a raconté pendant sa garde-à-vue l’historique de l’affaire «Soc Gen» et ses motivations…

Avec agences

— 

La Société Générale, vers laquelle les regards se sont tournés après l'offre surprise de BNP Paribas sur l'italienne BNL, n'a pas de raison de changer de stratégie car elle a atteint une taille et une valorisation boursière suffisantes, selon les analystes du secteur.
La Société Générale, vers laquelle les regards se sont tournés après l'offre surprise de BNP Paribas sur l'italienne BNL, n'a pas de raison de changer de stratégie car elle a atteint une taille et une valorisation boursière suffisantes, selon les analystes du secteur. — Jean-Pierre Muller AFP/Archives

Le trader a raconté pendant sa garde-à-vue l’historique de l’affaire «Soc Gen» et ses motivations… J

L’historique


- «Ma première expérience en ce sens remonte à 2005, j'ai alors pris position sur le titre Allianz, en pariant sur la chute du marché. Il se trouve que peu de temps après le marché chute à la suite des attentats de Londres (juillet 2005, ndlr) et c'est le jack-pot de 500.000 euros».

- «En avril (2007, ndlr), c'est le début du problème des subprimes (...). Je commence à étudier le sujet et décide de vendre des «futures» et à monter ma position vendeuse (...). Je monte ma pose jusqu'à mi-juillet jusqu'à 30 milliards d'euros et la solde fin juillet avec un gain». (Selon une question posée par un enquêteur, Jérôme Kerviel a peu de temps auparavant déjà atteint un pic négatif de pertes de 2,5 milliards d'euros, ndlr).

- «Fin juillet (2007) le marché craque sous les subprimes et les marchés se retournent (...). Mon résultat grimpe: 500 millions d'euros (...). Il est vrai que je me retrouvais très intimidé par ce montant de 500 millions d'euros et surtout de ne pas savoir comment l'annoncer».

- «Au 31 décembre (2007) je n'ai plus de +pose+ et mon +matelas+ (gains en réserve, ndlr) est monté à 1,4 milliard d'euros toujours pas déclarés à la banque. A ce stade je suis dépassé par l'événement (...), personne n'a jamais réalisé ce chiffre».

- «Il est vrai que cela est hors de proportion avec le résultat déclaré (55 millions d'euros, ndlr) ... «Pas vu pas pris, pris pendu».

- «Le vendredi 18 (janvier 2008) en journée, j'ai été positif (...). Ce n'est qu'à la clôture de la séance du 18 que j'étais négatif. Je pense alors que je verrai l'évolution du marché en revenant le lundi et table sur la hausse du marché américain le mardi. Ce que je ne pouvais supposer, c'est que le lundi je ne serais plus salarié de la Société Générale.»

LES ALERTES

- «Je vous informe de l'existence de plusieurs alertes parvenues à ma hiérarchie (...). Durant l'année 2007, plusieurs mails interrogatifs (...) ont été envoyés à plusieurs de mes assistants collaborateurs afin d'obtenir des explications».

- «Dès début avril P.B. et M.R. sont avisés par mail du service comptable (...) . La seule chose qui me soit dite est de me débrouiller pour régulariser».

- «Deux demandes d'informations de novembre 2007, émanant d'Allemagne Eurex, sont envoyées pour interroger le volume d'opérations traitées par moi (...). Je suis interrogé et parviens à me justifier».

- «Début janvier 2008, je fais exploser ma limite de crédit (...). Je reçois des mails interrogateurs (...). Pour me justifier, je produis alors un faux mail».

- «Le simple fait de ne pas prendre de jours de congé en 2007 (quatre jours) aurait dû alerter ma direction».

Les motivations, l'engrenage


- «Avant toute chose, j'ai en tête de faire gagner de l'argent à ma banque. C'est ma première motivation».

- «J'avais compris lors de mon premier entretien en 2005 que j'étais bien moins considéré que les autres au regard de mon cursus universitaire et de mon parcours professionnel et personnel».

- Fin décembre, «je suis bloqué par le montant et la somme à annoncer à ma hiérarchie. J'ai l'intention de l'annoncer à la direction de la Société Générale et je réfléchis à la façon de le faire».

- «J'ai vite été entraîné dans une spirale au sein de laquelle je me suis trouvé sans pouvoir m'en sortir».