Pourquoi les taxis sont-ils en grève?

DECRYPTAGE 20minutes.fr fait le point sur les mesures du rapport Attali qui ont mis le feu aux poudres...

C. F. avec agence

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Des milliers de taxis ont manifesté mercredi à Paris et dans de nombreuses villes pour protester contre "la déréglementation de leur profession", que préconise selon eux le rapport de la Commission Attali sur la croissance.
Des milliers de taxis ont manifesté mercredi à Paris et dans de nombreuses villes pour protester contre "la déréglementation de leur profession", que préconise selon eux le rapport de la Commission Attali sur la croissance. — Patrick Kovarik AFP

La journée de mobilisation des taxis a été bien suivie ce mercredi. Quelles sont leurs revendications? Pourquoi les mesures préconisées dans le rapport Attali ont mis le feu aux poudres? 20minutes.fr fait le point.

Les taxis, comment ça marche aujourd’hui?
Parmi les chauffeurs de taxi, on compte des salariés et des artisans (80% des 55.457 membres de la profession en France). Pour être artisan, il faut être titulaire d’une licence. A Paris, un nombre limité de licences gratuites (entre 100 et 300) est accordé chaque année, en fonction de l’évolution de l’activité, mesurée par une série de quatre indicateurs (population, nombre de voyageurs gares et aéroports, nuitées d’hôtel, pouvoir d’achat). Il ne s’agit pas d’un numerus clausus, aboli en 2000, précise la Fédération nationale des artisans taxi (Fnat).
Dans la majorité des communes, le nombre de taxis est fixé par le maire, après avis consultatif de la commission des taxis et des voitures de petite remise (voitures avec chauffeur sur réservation).

Quel est le prix d'une licence?
Si on ne bénéficie pas d’une licence gratuite, il faut attendre qu’un chauffeur de taxi raccroche pour lui racheter sa licence, dont le prix varie (140.000 euros à Toulouse, environ 190.000 euros à Paris, 400.000 euros à Orly).

Cet argent permet souvent à ceux qui partent de financer une partie de leur retraite.

Concernant les tarifs des courses, ils ne peuvent pas dépasser un certain seuil, fixé par arrêté du ministre de l’Economie et par arrêté préfectoral pris dans chaque département.

Que propose le rapport Attali?
Afin d’augmenter le nombre de taxis, notamment à Paris, Attali préconise d’octroyer gratuitement, par une procédure d’attribution étalée sur deux ans, une licence accessible à tous les demandeurs inscrits fin 2007.

Selon la Commission Attali, une «ouverture complète» du marché des taxis et véhicules de petite remise permettrait d'avoir au total de 50.000 à 60.000 taxis et VPR à Paris et en proche banlieue, contre 16.000 taxis aujourd'hui.

Concernant les tarifs, la Commission Attali propose d’autoriser les taxis à répercuter sur le prix des courses les augmentations du gazole/essence avec une prime tout en conservant un tarif maximal.

Que dénoncent les chauffeurs de taxi?
Tous envisagent un scénario où le prix des licences s'effondrerait tandis que le doublement du nombre de taxis se traduirait par des recettes divisées par deux.
«La régulation est une nécessité économique», a déclaré le secrétaire de la fédération CGT des taxis, Karim Asnoun, ce mercredi. «Nous ne sommes pas opposés à ajouter des taxis, mais on ne peut pas supporter 50.000 ou 60.000 taxis», a ajouté le président de la CFTC-Taxis Luis Madeira.

«Je ne veux pas d'assistanat», dit Cherif, entré dans la profession au prix d'un lourd investissement et qui s'inquiète d'une «licence qui ne vaudra plus rien». Les taxis ne sont «pas des nantis», a renchéri Alain Estival, le président de la Fnat, qui estime le revenu moyen à Paris à 7,60 euros de l'heure pour 70 heures par semaine. Les syndicats réclament l’ouverture immédiate de négociations avec le gouvernement, pour entamer des discussions sur ce sujet mais aussi sur les éco-taxes, les charges, les voies de circulations et la reconnaissance du taxi comme un véritable service public.