Société générale: chronologie d’une affaire rocambolesque

ECONOMIE Retour en dates sur une chronologie, encore incomplète et incertaine, de l’un des plus gros scandales de l’histoire de la finance mondiale...

Ch. L avec agences

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La Société Générale, vers laquelle les regards se sont tournés après l'offre surprise de BNP Paribas sur l'italienne BNL, n'a pas de raison de changer de stratégie car elle a atteint une taille et une valorisation boursière suffisantes, selon les analystes du secteur.
La Société Générale, vers laquelle les regards se sont tournés après l'offre surprise de BNP Paribas sur l'italienne BNL, n'a pas de raison de changer de stratégie car elle a atteint une taille et une valorisation boursière suffisantes, selon les analystes du secteur. — Jean-Pierre Muller AFP/Archives
2000: entrée de Jérôme Kerviel, alors âgé de 23-24 ans, à la Société générale au middle-office (service chargé du suivi administratif et de l’enregistrement comptable du trading) de la banque d'investissement et de financement (SG CIB).

2005
: il devient trader. Selon ses déclarations rapportées par Jean-Claude-Marin, le procureur de la République de Paris, lundi, il commence «à prendre des positions (vendre et acheter de l’indice boursier à la hausse ou à la baisse) non admises par la banque dès la fin de l'année 2005. «Courant fin 2005, 2006 et 2007, il a peu à peu pris des positions de pure spéculation et généré (...) un certain nombre d'opérations profitables pour son employeur», a précisé Jean-Claude Marin.

>> Pour connaître la définition de «trader», «back office» ou «future», voir notre lexique


2007:
«Plusieurs mails interrogatifs en provenance du back office» sont envoyés à plusieurs collaborateurs de Jérôme Kerviel afin «d’obtenir des explications sur les opérations enregistrées» dans son «book», selon les déclarations de Jérôme Kerviel rapportées par le journal en ligne Mediapart, qui se serait procuré les procès verbaux du trader.

Automne 2007
: des rumeurs font état de pertes importantes de la banque, en lien avec la crise des subprimes aux Etats-Unis.

Novembre 2007:
la perte est «évaluée à 230 millions d’euros» selon des informations procurées aux actionnaires, rapportées par l’Adam (Association des actionnaires minoritaires).

Le même mois, une alerte est lancée par Eurex, le marché à terme germano-helvétique, par lequel transitent notamment les «futures», les contrats sur lesquels travaillait Jérôme Kerviel. Ce dernier produit alors un faux document, selon la Société générale, pour justifier ses opérations spéculatives.

Mercredi 9 janvier 2008
: l’administrateur de la Société générale Robert A. Day vend pour 85,7 millions d'euros d'actions Société générale, selon les informations de l’Autorité des marchés financiers (AMF)

Jeudi 17 janvier: le titre accuse une baisse de plus de 40% par rapport à son plus haut de mai 2007.

Vendredi 18 janvier:
la banque aurait eu les premiers soupçons d'une «fraude» en son sein; Robert A. Day vend pour plus de 40 millions d'euros d'actions

Durant la séance du 18 janvier à la Bourse de Paris, les valeurs bancaires souffrent particulièrement. Des rumeurs circulent sur des pertes de grande ampleur que le groupe devrait annoncer. Le titre dévisse encore de plus de 8%.

Lundi 21 janvier: très nerveux depuis plusieurs semaines, les marchés boursiers asiatiques et européens connaissent un «lundi noir» alors que Wall Street est fermé, avec notamment de fortes chutes des différents indices sur lesquels le trader Jérôme Kerviel a parié. La société générale liquide des positions d' un montant d’environ 50 milliards d'euros.

Mercredi 23 janvier
: Christine Lagarde, la ministre de l’Economie et des Finances, est selon ses dires, prévenue de l’affaire. Celle-ci en informe le Premier ministre. Le président Nicolas Sarkozy est également informé le même jour.
Selon des affirmations d'Europe 1, cependant, la ministre de l'Economie et des Finances aurait été mise au courant dès le 20 janvier, soit trois jours avant que le président n'en soit informé.

Jeudi 24 janvier,
la direction de la Société générale fait des déclarations fracassantes : une « fraude » réalisée par l'un de ses traders, Jérôme Kerviel est responsable, selon elle, de la perte de 4,9 milliards d’euros. Une annonce qui éclipse quelque peu une autre perte de 2 milliards d'euros, liées à la crise des «subprimes».
Aussitôt, la banque dépose une plainte pour «faux en écritures de banque, usage de faux en écritures de banque et intrusions informatiques». Elle annonce aussi qu’elle va procéder à une augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros.

Lundi 28 janvier
: Jérôme Kerviel est mis en examen pour «abus de confiance, faux et usage de faux et introduction dans un système de traitement automatisé de données informatiques». Il est laissé en liberté sous contrôle judiciaire.


L’Association des petits porteurs actifs (Appac) demande l'ouverture d'une information judiciaire pour «délit d'initié».

Mardi 29 janvier
: L'Association des actionnaires minoritaires (Adam) indique qu'elle va déposer plainte pour «délit d'initié» et «informations trompeuses». La Société générale affirme au contraire que Robert Day, l'administrateur qui a vendu pour 40 millions d'euros d'actions de la banque le 18 janvier « n'était pas informé des pertes de trading» de Jérôme Kerviel avant la cession de ses actions.