François Mitterrand: tout doit disparaître

Nadia Daam

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368 lots d'objets ayant appartenu à François Mitterrand sont en vente aux enchères mardi 29 janvier à Paris
368 lots d'objets ayant appartenu à François Mitterrand sont en vente aux enchères mardi 29 janvier à Paris — S. Ortola / 20 MINUTES

Au 37 de la rue des Mathurins (Paris 8), le public venu assister à la vente aux enchères des effets personnels de François Mitterrand est accueilli par des machettes et des tibias ensanglantés. Le collectif «Génocide made in France», venu militer pour la reconnaissance de la responsabilité de la France dans le génocide rwandais (à la fin du deuxième septennat de l'ancien Président), vient de se faire expulser et tente par tous les moyens de retourner dans la salle des ventes («J’ai laissé tomber mon portable à l’intérieur, M’sieur»). Le happening n’est pas du goût du vigile: «Maintenant, vous vous cassez ou c’est moi qui vous casse!»

Des écharpes rouges

A l’intérieur aussi, l’ambiance est chaude. 300 personnes, acheteurs, curieux et journalistes, jouent des coudes dans la salle Tajan. Comme dans les concerts de rock où les fans arborent le t-shirt de leur groupe préféré, ce qui frappe, c’est le nombre d’écharpes rouges disséminées dans l’assemblée. La plus célèbre d’entre elles scinde le cou de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de «L'Express».

«Mitterrand était inélégant»

La vente commence et le commissaire-priseur est sommé d’utiliser un micro. Le ton est donné: on n’est pas là pour rigoler. André, l’un des plus gros acheteur de la vente, garde une mine sévère et fait l’acquisition de pas moins de 18 costumes, pour environ 500 euros pièce en moyenne. Il est un peu la star de l’événement et raie chacune de ses acquisitions de la liste du catalogue d’un trait nerveux et satisfait.

A une journaliste qui a “l’outrecuidance” de lui poser une question au plein coeur d’une vente, il oppose un refus de s’exprimer net et froid. Plus tard, la vente des costumes tirant à sa fin, il consent à s’expliquer à 20minutes.fr. «La raison est simple. Je porte les costumes de la maison Cifonelli et possède les même mensurations que François Mitterrand, qui, soi dit en passant était très inélégant avant son élection. Bien sûr, ça me fait quelque chose de porter les vêtements de l’ex-Président, mais c’est surtout une belle économie».

«C'est la nomenklatura»

Autre vedette de l’après-midi, l’acheteur de la robe d’avocat Cerruti, bordée d’Hermine est acquise pour 8.000 euros, par Karim Achoui, une figure du barreau parisien à la réputation sulfureuse, célèbre pour avoir souvent défendu le milieu et surtout pour avoir été blessé par balles l'an dernier. Après avoir donné plusieurs interviews avec toute l’assurance que confère une telle acquisition, il quitte la salle Tajan, accompagné d’un homme qui a tout d’un garde du corps, avant de confier à 20minutes.fr: «Je ne voulais pas que cette robe finisse dans les malles d’un riche homme d’affaires japonais ou américain. Elle devait rester en France. D’ailleurs, je la porterai dès demain, et je suis sûr qu’elle me portera chance».

Il y a des acheteurs plus discrets. Certains le sont tellement qu’ils passent inaperçus et se font souffler des objets, le commissaire-priseur peinant à distinguer les mains levés. Stéphane, exaspéré d’avoir dû laisser passer un ensemble gilet-pantalon-chemise à 450 euros, quitte la salle en marmonnant un «Pfff, c’est vraiment la nomenklatura....».

Peu de temps après, un autre acheteur aux ambitions plus modestes fait l’acquisition d’un pardessus. Au moment de donner son nom pour signer la vente, il souffle un timide «Parti socialiste».