Société Générale: La gauche dénonce les «dérives» du capitalisme

POLITIQUE Certains laissent même entendre que Jérôme Kirviel ne serait pas le seul fautif...

Avec agence

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Analystes et enquêteurs tentaient toujours de comprendre vendredi comment un trader isolé a pu faire perdre à lui seul 5 milliards d'euros à la Société Générale, une des trois principales banques françaises, dans une "fraude" sans équivalent
Analystes et enquêteurs tentaient toujours de comprendre vendredi comment un trader isolé a pu faire perdre à lui seul 5 milliards d'euros à la Société Générale, une des trois principales banques françaises, dans une "fraude" sans équivalent — Jacques Demarthon AFP

Le scandale de la Société Générale a mobilisé les partis politiques, unanimes à condamner les «dérives» du capitalisme financier que Nicolas Sarkozy avait appelé à «moraliser» il y a plusieurs jours.

Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'Économie et à la Fiscalité, voit dans cette «gigantesque fraude» le «symbole de l'argent fou». «C'est peut être un trader fou, qui manipule de l'argent fou, avec des gains gigantesques et, en contrepartie, des pertes abyssales. Il y a là quelque chose qui ne fonctionne pas dans notre société, dans notre monde», a-t-il jugé.

Un sentiment partagé d'ailleurs jusqu'à l'Elysée où le conseiller social du président de la République, Raymond Soubie, a estimé que cette affaire démontrait qu'il fallait «plus de transparence et de contrôle» des mouvements de capitaux.

«Le capitalisme financier marche sur la tête»

Pour les Verts, la fraude montre «qu'on arrive au bout d'une logique d'un capitalisme financier qui finit par marcher sur la tête». «La logique de la mondialisation financière est potentiellement dangereuse, car elle désincarne les enjeux», a déclaré sa porte-parole Cécile Duflot. Qui n'hésite pas à faire le parallèle avec des enjeux environnementaux. «Dans ce genre de moment, on a toujours envie de dire "c'est une faiblesse humaine, une erreur humaine, comme pour les accidents nucléaires". On hésite à mettre en cause le système qui a permis cela et le sens de ces transactions, leur utilité sociale"», a-t-elle fait valoir.

Pour Olivier Besancenot, le scandale financier n'est que «la part visible de l'iceberg». Outre le «symbole de l'opacité la plus totale du système bancaire», le porte-parole de la LCR a lancé: «les patrons nous expliquaient au cours des dernières années que si on augmentait les salaires, l'entreprise s'écroulait. Or, j'ai bien entendu le directeur de la Société Générale expliquer qu'il venait de perdre 7 milliards d'euros et qu'il n'avait même pas mal, et que son entreprise se portait bien et dégageait même des bénéfices. Les employés de la Société Générale seraient curieux de savoir combien feraient 7 milliards d'euros en terme d'augmentation de salaires».

Jérôme Kerviel bouc émissaire du système?

Au-delà de la critique du système, certains responsables politiques ont laissé entendre que Jérôme Kerviel, le courtier en cause, ne serait pas le seul impliqué dans le scandale. Le PCF parle ainsi d'un «Dreyfus-trader», allusion au capitaine Alfred Dreyfus, accusé à tort. «Les experts financiers ont déjà tranché: un seul homme ne peut être responsable d'une fraude d'une telle ampleur», assure le parti.

Le député Verts Noël Mamère ne croit pas non plus «beaucoup à ce qu'on nous raconte, à cette capacité qu'aurait un seul de détourner autant de milliards d'euros». «On tire sur le lampiste!», conclut celui qui pense que, «si les services de contrôle des banques ne sont pas capables d'exercer leur contrôle sur leurs collaborateurs, alors il faut mettre en oeuvre des services de contrôle extérieurs aux banques!».