Kerviel, cerveau du «casse du siècle» ou «lampiste bien commode»?

REVUE DE PRESSE Cet arbitragiste présenté comme l'auteur d'une vaste fraude de près de 5 milliards d’euros, intrigue toute la presse, vendredi matin...

Sandrine Cochard

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Les pertes massives révélées jeudi par la Société Générale, qui vont la contraindre à trouver de l'argent frais, relancent les spéculations sur un éventuel rachat de la banque française par l'une de ses concurrentes, ou une fusion.
Les pertes massives révélées jeudi par la Société Générale, qui vont la contraindre à trouver de l'argent frais, relancent les spéculations sur un éventuel rachat de la banque française par l'une de ses concurrentes, ou une fusion. — Jacques Demarthon AFP
Jérôme Kerviel est-il le seul responsable des pertes colossales qui secouent la Société Générale depuis mercredi? Cet arbitragiste, présenté comme l’auteur du «casse du siècle», à savoir une vaste fraude de près de 5 milliards d’euros, intrigue toute la presse, vendredi matin.

«Système de contrôle défaillant»

Dans «Le Figaro», Gaëtan de Capèle estime que «ce qui est présenté comme une fraude, met en réalité à nu un système de contrôle des risques dangereusement défaillant». Cette fraude, selon Henri Gibier, des «Echos», estime que «si les nombreuses interrogations qu'elle laisse encore en suspens ne sont pas rapidement levées, (cela) pourrait entamer la crédibilité de l'ensemble du système bancaire».

De son côté, Fabrice Rousselot, de «Libération», regrette qu'un «coupable (soit) désigné, mais pas de responsables, surtout pas parmi les cadres dirigeants». Dans «L'Humanité», Pierre Laurent estime qu'il y a «quelque chose de profondément pourri au royaume de la finance mondialisée».

Autre interrogation: «pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour découvrir l'étendue des dégâts?» se demande Pascal Aubert dans «La Tribune».

En clair, journaux et spécialistes de la finance ne croient pas à la thèse du «trader fou». «Ah, oui, sacrément malin et inventif, le Monsieur K de la Société Générale. Plus fort encore que tous ceux qui jusqu'alors faisaient référence en matière de délinquance financière», ironise encore Pascal Aubert.

De même Alain Crouzat, président de la société de gestion de portefeuilles Montségur Finance, se dit intrigué par «la chronologie» des faits, dans «Le Parisien». «La Société générale s'apprête à publier ses résultats de l'année 2007. Voilà qu'à cette occasion tout le monde découvre qu'elle a été victime d'une fraude inouïe, comme le dit Christian Noyer, le président de la Banque de France, et qu'on annonce sa recapitalisation dans la foulée. Quelle coïncidence, quel timing exemplaire aussi. Le scénario est parfait, trop!» juge-t-il.

«Un lampiste bien commode»

Plus sévères, de nombreux éditorialistes de province mettent en doute la sincérité des explications données à l'instar du «Télégramme», dans lequel Alain Joannès remarque que «tout se passe comme si les six jours qui se sont écoulés entre la découverte de la fraude en interne et sa révélation hier avaient été utilisés pour scénariser une histoire "plausible"». «Un scénario trop bien écrit» pour l'éditorialiste.

Plus suspicieux, Jean-Louis Gombeaud (Nice-Matin) se demande si «la banque ne chercherait pas à cacher des opérations malheureuses sur des produits dérivés boursiers qui se sont effondrés avec la baisse (brutale) des marchés financiers ces derniers mois?».

«L'Alsace» va dans le même sens quand Patrick Fluckiger écrit: «la banque n'a-t-elle pas trouvé un lampiste bien commode pour masquer une partie de ses pertes sur les crédits à risques américains?» «Il a fraudé seul, et ne s'est même pas enrichi de la fraude, affirme sa direction Franchement, vous y croyez, vous? interpelle note Francis Brochet dans «Le Progrès». Trop énorme, trop simple, commentent des experts. En pleine crise des « subprimes », qui fait boire la tasse à la Générale, ça fait un peu maquillage et barbotage. Kerviel, un bouc émissaire ? Ce serait alors, à 4,9 milliards, le bouc le plus cher de l'Histoire depuis la Bible.»