Sanofi a-t-il pratiqué du «ranking forcé» pour licencier ses salariés?

ENTREPRISE Le groupe pharmaceutique est accusé par le syndicat FO d'avoir pratiqué une politique consistant à sous-évaluer et classer des salariés pour les licencier plus facilement…

M. F avec AFP

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Le logo de Sanofi, le 4 mai 2015
Le logo de Sanofi, le 4 mai 2015 — ERIC PIERMONT AFP
  • Le « forced ranking » est une méthode d’évaluation, qui classe par quotas imposés les salariés selon s’ils dépassent les objectifs, les atteignent ou sont en dessous
  • Force Ouvrière accuse Sanofi d’avoir mis en place cette pratique interdite en France pour licencier plus facilement des employés
  • Sanofi se défend et affirme que la pratique « n’a jamais été envisagée », mais que « des dérives ont pu être observées »

Durant plusieurs mois, France Culture a enquêté sur Sanofi et notamment sa politique d’évaluation des salariés. La hiérarchie du géant pharmaceutique aurait incité ses managers à sous-évaluer les salariés pour répondre à des quotas prédéfinis.

Cette technique venue des États-Unis est appelée « forced ranking », soit « sous-notation forcée ». Interdite en France, cette méthode d’évaluation, classe les salariés selon s’ils dépassent les objectifs, les atteignent ou sont en dessous. Le problème, c’est que dans cette méthode, les quotas de chaque catégorie sont prédéfinis : 20 % pour la première, 70 % pour la seconde et 10 % pour la dernière. Pour atteindre les objectifs, les managers sont contraints de mal noter certains bons collaborateurs.

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De nombreux cadres supérieurs de Sanofi auraient confié anonymement à France Culture avoir dû appliquer ce genre de pratique. Un certain Benoît* raconte ainsi qu’en 2015, il a reçu un mail de son manager disant : « Benoît, il faut limiter les salariés très bien notés à entre 15 et 20 % et atteindre le chiffre de 10 % de salariés médiocres ».

Interpellée par Force Ouvrière, la Direction de Sanofi Aventis Groupe avait affirmé qu’il s’agissait de l’initiative d’un directeur trop zélé et avait dit mettre fin au processus. Pourtant, toujours selon France Culture, plusieurs cadres ont affirmé que la pratique continuait. « On continuait à être challengés par les RH pour sous-noter. Ça a été fait de façon aléatoire par certains managers mais ce n’était plus érigé en règle », a affirmé l’un d’eux à la radio. Des consignes parfois données à l’oral pour éviter les fuites.

Sanofi dément

Selon Pascal Lopez, délégué syndical central FO-Sanofi Aventis Groupe, des dirigeants auraient ainsi de façon réitérée, « décidé par avance d’un pourcentage d’évaluations négatives » : 10 % fin 2015, 15 % ramenés à 7 % en 2016. Le syndicaliste évoque une liste « noire » de « 200 salariés dont il fallait se débarrasser » dans les fonctions informatiques, « détruite » en mars après que le syndicat a saisi la direction. Il évoque également des « licenciements pour insuffisance professionnelle ou défaut de performance, ruptures conventionnelles, démissions », pour « compléter à moindre coût » les plans de suppressions de postes en cours.

De son côté, le groupe affirme dans une « mise au point » transmise à l’AFP n’avoir « jamais pratiqué de ranking forcé », une pratique « qui n’a jamais été envisagée par l’entreprise ». « Si des dérives ont pu être observées, il s’agit d’initiatives individuelles contraires à nos valeurs et d’exceptions qui appellent toute notre vigilance », écrit l’entreprise.