«L'abbé Pierre n'a pas de successeur»

Recueilli par Bastien Bonnefous

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Un fabricant marseillais de santons a conçu une figurine à l'image de l'abbé Pierre pour rendre hommage au fondateur d'Emmaüs, décédé en janvier, à l'occasion du traditionnel marché des santons de Provence.
Un fabricant marseillais de santons a conçu une figurine à l'image de l'abbé Pierre pour rendre hommage au fondateur d'Emmaüs, décédé en janvier, à l'occasion du traditionnel marché des santons de Provence. — Fred Dufour AFP/Archives

Un an après la mort du prêtre, le 22 janvier 2007, son influence reste intacte. Frédéric Lenoir, directeur du «Monde des religions» témoigne...

Un an après sa mort, quel héritage a laissé l'abbé Pierre?

Il laisse d'abord un héritage très concret: Emmaüs. Depuis dix ans, il avait organisé sa succession, et l'association a survécu à sa mort. Même le changement de président, avec l'entrée au gouvernement de Martin Hirsch, s'est déroulé sans accroc. Ensuite, l'abbé laisse un héritage plus spirituel : pour beaucoup de catholiques et aussi de non-croyants, il représente une forme de religion très ouverte, une figure libre.

Un héritage reconnu par le Vatican?

Le Vatican a toujours très mal vécu les positions dogmatiques contestataires de l'abbé, comme sur l'ordination d'hommes mariés ou sur l'homoparentalité. En revanche, le clergé a toujours aimé chez lui le prêtre qui aide les pauvres, dans la tradition catholique.

A-t-il un successeur?

A part peut-être soeur Emmanuelle, il n'en a pas. Il était une figure unique, et l'institution Eglise ne peut produire des hommes comme lui. Mais demain, une nouvelle personnalité peut émerger, comme lui en 1954.

Côté associatif, on parle d'Augustin Legrand, des Enfants de Don Quichotte...

Il est beaucoup trop tôt pour le dire. De son vivant, l'abbé, par son mode d'interpellation très direct des pouvoirs publics, a inspiré plusieurs mouvements, comme les Restos du coeur ou le DAL.