Joao, un ado héros de BD menacé d'expulsion

Laure de Charette - ©2008 20 minutes

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« Je comprends pas de quoi ils ont peur. Faudrait qu'ils expliquent. » C'est sur ces mots - illustrés par deux grands yeux noirs interrogateurs - que se termine l'histoire de Joao. Mais les dessins ne sont que le reflet de la vie réelle de Lucas, un gamin clandestin arrivé du Brésil il y a onze mois.

Joao, 15 ans, est devenu, sous la plume de David Chauvel et le crayon d'Alfred, l'un des héros de la bande dessinée Paroles sans papiers (éditions Delcourt), vendue à 13 000 exemplaires depuis octobre. Or il risque d'être expulsé ces jours-ci, son père étant depuis vendredi dernier sous le coup d'un arrêt préfectoral de reconduite à la frontière. « Il y a une forte mobilisation autour de ce garçon étonnant, qui tient sa famille à bout de bras et parle mieux le français que pas mal de gamins de son âge », explique David Chauvel, qui revendique le côté « militant » de la BD. Certains croquis sont émouvants : au Brésil, le cahier d'école atterrit dans le caniveau car « on peut pas faire des études ». Alors qu'en France, il est scolarisé et rêve « d'être architecte ». Et les propos de l'ado - ce sont « ses mots à lui », assure l'auteur - sonnent juste : « Vraiment on a eu peur » ou « des fois, ça rend paranoïaque cette vie ». Une petite phrase mise en image par des dizaines d'yeux qui le suivent. « Le dessinateur a mis sa sensibilité artistique au service de son histoire », poursuit David Chauvel. Cet après-midi, la famille de Lucas, son vrai prénom, est convoquée au tribunal administratif de Versailles. A la clé, l'expulsion ou une vie « pas plus simple, mais avec des choses possibles ».