«Erika»: «Un jugement historique pour une pollution historique»

Sandrine Cochard

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Au lendemain du jugement, rendu mercredi par le tribunal correctionnel de Paris dans le procès du naufrage de l’«Erika», la presse française se félicite des condamnations et s’accorde sur un point: cet arbitrage marquera durablement les esprits.

«Renforcement du principe pollueur-payeur»

«Un jugement historique pour une pollution historique: de l'avis de tous, la décision rendue hier par le tribunal correctionnel de Paris fera date dans le droit français, souligne «Le Figaro». En infligeant de lourdes peines aux quatre principaux protagonistes du naufrage de l'“Erika”, dont Total, mais aussi en reconnaissant pour la première fois le principe d'un préjudice écologique, la justice française a franchi un cap.»

Pour «Les Echos», la décision du tribunal marque «un tournant dans le droit de l’environnement». «Pour le premier procès jamais tenu en France sur une marée noire, le tribunal a donc choisi d'aller vers un renforcement du principe pollueur-payeur ou, plus globalement, de la responsabilité environnementale», analyse le journal économique. «On peut donc parler d'une double victoire symbolique pour les écologistes. Et d'un avertissement aux majors pétrolières qui font transiter des milliers de bateaux au large d'Ouessant.»

Avertissement

«Un jugement inédit et exemplaire», selon «Libération» qui affirme qu'il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud. A cet égard, Fabrice Rousselot estime qu'il faut «renforcer les contrôles, donner plus de pouvoir et de moyens à l’Agence européenne pour la sécurité maritime, créée en 2003. Faire évoluer la législation aussi, notamment sur la question épineuse des pavillons de complaisance.» Et de conclure: «S’ils ne font rien, les pollueurs savent désormais ce qu’ils risquent.»

Ce qui fait écrire à Patrick Chabanet («Le Journal de la Haute-Marne») qu'est «fini le temps d'une écologie assimilée à une douce rêverie bucolique».

Gare aux «mauvaises pratiques»

Le «Républicain Lorrain» (Philippe Waucampt) célèbre «une étape fondamentale dans la défense du monde aux ressources limitées» qui «devrait faire réfléchir ceux qui s'abritent derrière des pavillons de complaisance et des sociétés écrans pour faire naviguer en toute impunité des bateaux et des cargaisons dangereuses», selon Gilles Dauxerre dans «La Provence».

Une opinion que ne partage pas Jacques Gantié, de «Nice-Matin», pour qui «les mauvaises pratiques d'une économie peuplée de sociétés écran, de pavillons de complaisance, d'experts douteux ou de compagnies pétrolières distraites, se portent toujours bien».