Journée noire pour Total au procès de l'« Erika »

Stéphane Colineau - ©2008 20 minutes

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Il n'en revient toujours pas, Allain Bougrain Dubourg. « Messieurs Savarese, Pollara, ainsi que les sociétés Rina et Total, sont condamnés solidairement à verser 153 millions d'euros au Trésor public «, vient d'énoncer gravement le magistrat chargé de lire le jugement du procès de l'Erika, la plus grande marée noire jamais survenue sur les côtes françaises. Installé sur le banc des parties civiles, hier au tribunal correctionnel de Paris, le militant écologiste ne peut s'empêcher de lâcher un « p... » de satisfaction. Radieux, l'avocat de Greenpeace glisse un « c'est énorme » à l'oreille de Yannick Jadot, dirigeant de l'ONG. « Faire condamner une multinationale comme Total, c'était pas gagné », chuchote, presque étonné, Jadot à son voisin.

Le président du tribunal n'a pas fini sa lecture. En tout, ce sont 192 millions d'euros de dommages et intérêts que devront verser à l'Etat, aux collectivités territoriales, à des associations et à des particuliers les quatre condamnés : le français Total et les italiens Rina (une agence de classification), Giuseppe Savarese (l'armateur) et Antonio Pollara (le gestionnaire italien). Dans son exposé des motifs, le tribunal s'est montré accablant (lire ci-dessous), inscrivant définitivement dans le droit le principe d'un préjudice écologique.

Sortis de la salle d'audience, les parties civiles et leurs avocats n'ont qu'un mot à la bouche : « historique ». « C'est la première fois qu'un affréteur, en l'occurrence Total, est condamné, décrypte Yannick Jadot. Jusqu'à présent on ne punissait que les armateurs et les capitaines. Le système maritime international avait organisé sa propre déresponsabilisation des affréteurs. Avec ce jugement exemplaire, cela pourrait changer. »

Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), fait maintenant face aux micros des journalistes : « Je suis plus que satisfait, je suis ému. Une page se tourne dans le droit français. On a enfin pris en compte le vivant non commercial. Cela va servir de jurisprudence. Dans l'avenir, on pourra se référer au procès de l'Erika pour toute atteinte à la nature. » Hier soir, Total n'avait pas décidé s'il ferait appel.

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Les précédents du préjudice écologique