France's Prime Minister Francois Fillon (2nd L) and Ange Santini (C), speaker of the executive council of Corsican Territorial Assembly, and the speaker Camille de Rocca (L) view the remains of Santini's office after a fire was set on Saturday by Corsican nationalist militants who occupied the building, during Fillon's visit to Ajaccio January 14, 2008.    REUTERS/Pierre Murati    (FRANCE)
France's Prime Minister Francois Fillon (2nd L) and Ange Santini (C), speaker of the executive council of Corsican Territorial Assembly, and the speaker Camille de Rocca (L) view the remains of Santini's office after a fire was set on Saturday by Corsican nationalist militants who occupied the building, during Fillon's visit to Ajaccio January 14, 2008.    REUTERS/Pierre Murati    (FRANCE) — REUTERS/Pierre Murati

CORSE

«Un répertoire nouveau qui réaffirme la persistance de la violence»

Interview d’un spécialiste des mouvements nationalistes après l’incendie de l’Assemblée régionale…

Xavier Crettiez, professeur de sciences politiques à l’université de Versailles-Saint-Quentin, fait le point sur les mouvements nationalistes corses, deux jours après l’incendie de l’Assemblée régionale.
 
L’incendie de l’Assemblée de Corse a scellé la division entre les autonomistes (A Chjama naziunale, Parti de la nation corse) et indépendantistes (Corsica nazione indipendente) corses. Leur groupe d’union à l’Assemblée régionale, l’Unione naziunale, devrait disparaître. Quelles différences existent entre autonomistes et indépendantistes?


Aucun n’est pour l’indépendance de la Corse malgré leurs déclarations verbales. Il n’existe en effet aucune culture gestionnaire parmi ces groupes. Ce qui les distingue est l’utilisation de la violence. Chez les indépendantistes, elle est à la fois stratégique et constitue une ressource identitaire. Les autonomistes, eux, réalisent que d’autres régions méditerranéennes, comme la Catalogne ou la Sardaigne, obtiennent plus d’autonomie sans violence. La dérive brigadiste et violente de l’ETA au pays basque constitue pour eux un contre-modèle. Ils savent que l’Union européenne, favorable aux régions, n’acceptera jamais la cagoule et la kalachnikov. De plus, la violence n’a plus la cote chez une majorité de Corses depuis dix ou quinze ans.
 
Cette rupture entre autonomistes et indépendantistes n’est donc pas une surprise?

Pas du tout, la crise est récurrente depuis dix ans. D’ailleurs, leur plate-forme commune n’avait aucun sens. Elle avait une dimension délirante qui montre l’absence totale de culture de gouvernement chez les nationalistes. Ils souhaitaient ainsi interdire à un «Français» d’occuper un emploi public en Corse, ce qui est évidemment anticonstitutionnel. Reste que les autonomistes doivent trouver aujourd’hui un discours cohérent et différent des autres formations politiques, toutes devenues «corsistes» (c’est-à-dire favorables à la mise en valeur de la culture corse), à commencer par l’UMP.
 
Comment interpréter un acte aussi violent que l’incendie de l’Assemblée de Corse?

Cette radicalisation est inédite et il est compliqué de la comprendre. La condamnation d’Yvan Colonna a été suivie de relativement peu d’attentats. L’assassinat du militant corse Ghjuv' Batti Acquaviva dans les années 1980 avait provoqué, à titre de comparaison, au moins une centaine d’attentats. Ce relatif calme témoigne d’une détresse opérationnelle des indépendantistes. S’en prendre à l’Assemblée régionale est un répertoire nouveau qui permet de faire parler d’eux. Et permet de réaffirmer la persistance de la violence.