Le retour de la «pol-prox»?

DECRYPTAGE Tout savoir sur la police «proche des gens» que veut promouvoir Michèle Alliot-Marie…

A.S

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Un attentat à l'explosif a causé samedi des dégâts légers à une agence bancaire à Ajaccio (Corse-du-Sud) et aucun blessé n'est à déplorer, a-t-on appris de source policière.
Un attentat à l'explosif a causé samedi des dégâts légers à une agence bancaire à Ajaccio (Corse-du-Sud) et aucun blessé n'est à déplorer, a-t-on appris de source policière. — Pierre Andrieu AFP/Archives

La ministre de l'Intérieur a présenté lundi après-midi des «unités territoriales de quartier», une «police proche des gens» dans les quartiers sensibles avec une première expérience pilote en Seine-Saint-Denis. Une police dont l'esprit est proche de l'ancienne police de proximité. Notre décryptage.

Qu'est-ce que la police de proximité?

Mise en place par la gauche sous Lionel Jospin, la police de proximité avait pour objectif de s'intéresser au quotidien des gens, de traiter la petite délinquance et pas uniquement les «grosses affaires» judiciaires. Pour cela, elle était installée au cœur des quartiers. Les patrouilles étaient multipliées afin d'avoir «du bleu dans la rue», résume un policier à 20minutes.fr. Les policiers de proximité avaient également comme mission de prendre contact avec les associations, les élus pour connaître les acteurs de terrain et rapprocher la police des habitants.

La police de proximité a-t-elle été supprimée?

Formellement parlant non. Mais lorsque Nicolas Sarkozy devient ministre de l'Intérieur en 2002 sur fond d'augmentation de la délinquance, il affiche son désaccord avec le principe même de la «pol-prox». Priorité est donnée à la «culture du résultat». Les effectifs sont gelés et utilisés comme unités de soutien. Elle est donc politiquement morte. Symbole de ce virage: en février 2003, Nicolas Sarkozy tance publiquement le directeur départemental de la sécurité publique de Toulouse, Jean-Pierre Havrin, un ancien du cabinet de Jean-Pierre Chevènement place Beauvau. Pour lui, les policiers ne sont pas des «assistantes sociales» et ne sont pas payés pour organiser des «matchs de foot».

Pourquoi Michèle Alliot-Marie revient-elle à une police proche dans l'esprit de la police de proximité?

En 2007, l'Institut National des Hautes Etudes de Sécurité (Inhes) avait dressé un constat accablant au sujet des violences et des relations police-population dégradées dans le «93». Début 2007, Nicolas Sarkozy avait par ailleurs confié une mission à Alain Bauer, président de l'Observatoire national de la délinquance (OND), «pour une police de quartier». Il avait ensuite démenti les termes de cette mission.

Que sont les «unités territoriales de quartier» exactement?

Il s'agit de groupes constitués d'une dizaine de volontaires avec au moins deux ans d'ancienneté. Ils doivent assurer dès mars des «missions d'urgence» et assurer une «présence visible et dissuasive sur des points fixes», selon les termes de la ministre. Qui assure qu'il ne s'agit pas de «postes de police de proximité» et qu'«aucune implantation immobilière nouvelle» ne sera construite. Selon Michèle Alliot-Marie, les «UTQ» se rapprochent davantage de la police de proximité de Charles Pasqua de 1995 que de celle mise en place par la gauche.
L'expérimentation sera menée dans trois «des sites les plus sensibles» de Seine-Saint-Denis: Clichy-sous-Bois (Le Chêne Pointu, le Bois du Temple, les Bousquets), La Courneuve (les 4.000) et Saint-Denis (Le Franc Moisin/Bel Air).
S'agit-il donc d'un retour véritable à la police de proximité honni par Nicolas Sarkozy? Contacté par 20minutes.fr, l'Elysée se borne à renvoyer toutes les questions au ministère de l'Intérieur.

Que compte faire Michèle Alliot-Marie pour réconcilier police et population?

Des «délégués à la cohésion police/population» seront créés dans les quartiers, les stages d'adaptation des policiers seront rallongés et les gardiens de la paix seront invités à venir parler de leur profession dans les collèges. Autre moyen de pacifier les relations: intégrer les jeunes de Seine-Saint-Denis aux métiers de la police et transformer celle-ci en «véritable ascenseur social». Pour cela, Michèle Alliot-Marie entend mettre en place des conventions entre lycées Zep et Sciences-Po pour devenir commissaire ou créer un «bac pro sécurité prévention» à Drancy.