Difficile d’avorter en France

Sa. C. avec agence

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Refus de prise en charge, délais importants, invocation de la clause de conscience et diminution du nombre de centres dédiés à l'IVG… Plus de trente ans après sa légalisation, l'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) reste difficile en France. Pour les femmes concernées, ces lourdeurs sont synonymes de course contre la montre pour rester dans les délais légaux de 12 semaines.

3.000 à 5.000 femmes contraintes d’avorter ailleurs

«Ce qui est un droit et devrait être obtenu facilement en un minimum de temps est aujourd'hui une tolérance, une course d'obstacles très dure à vivre psychologiquement», explique Maïté Albagly, secrétaire générale du Mouvement français pour le Planning familial, qui lance le 18 janvier une campagne d'information en Ile-de-France.

Avec pour slogan «Sexualité, contraception, avortement, un droit, mon choix, notre liberté», la campagne sera menée dix jours durant dans les gares et le métro sur tout le territoire francilien, «où les obstacles se multiplient pour faire valoir ses droits», selon le Planning, associée à l'ANCIC (centres d'IVG et contraception) et la CADAC (associations pour le droit à la contraception et l'avortement).

220.000 IVG par an

La région assure 25% des IVG, alors qu'elle représente 18% de la population. Entre 1999 et 2005, le nombre de sites dédiés aux IVG y est passé «de 176 à 126, soit 50 centres IVG en moins», dont 14 en moins dans Paris, selon les associations.

En France, où le nombre d'IVG s’est stabilisé autour des 220.000 par an, 3.000 à 5.000 femmes sont contraintes chaque année d'aller à l'étranger, en particulier en Hollande ou en Espagne, selon une estimation du Planning. Dans ces pays, l'avortement peut être pratiqué sans limitation de temps en cas de «risque psychologique» pour la mère.

47% de refus

Au niveau national, une enquête, réalisée entre janvier et avril 2005 pour la DHOS (direction de l'hospitalisation et de l'organisation des soins), a constaté 47% de refus de prise en charge (deux fois plus importants dans le privé que dans le public), à l'issue d'un appel téléphonique.

Les raisons avancées sont diverses: pas de rendez-vous disponible, absence de prise en charge des IVG tardives (plus de 10 semaines), refus car la femme n'habite pas à proximité, clause de conscience. Dans 94% des établissements, l'IVG est pratiquée en fonction des plages horaires libérées par les autres activités. Lorsqu'une date d'intervention est donnée, elle est fixée dans 25% des cas 2 à 3 semaines après l'appel.

Délais dépassés

Très souvent, explique Danièle Gaudry, gynécologue adhérente au Planning, il est demandé avant le premier rendez-vous une échographie, pour vérifier où en est la grossesse.

«Non seulement cela rallonge les délais, mais c'est aussi très dur psychologiquement car la femme n'ose pas dire qu'elle ne garde pas l'enfant», dit-elle, soupçonnant certains médecins prescripteurs de vouloir décourager l'IVG.

«Il suffit ensuite de jours fériés, de ne pas trouver tout de suite la bonne adresse, et les délais sont dépassés», surtout pour les femmes qui souhaitent une IVG médicamenteuse, qui n'est plus praticable après 7 semaines de grossesse. C’est pourquoi les associations se réjouissent de l'ouverture prochaine de la pratique de l'IVG médicamenteuse aux centres de planification, vécue comme sera une avancée importante.