«Chaque stagiaire est dans son coin et a peur de faire des vagues»

INTERVIEW Guillaume de Génération précaire, l'association de défense des stagiaires perd patience alors que...

Propos recueillis par Anne-Louise Sautreuil

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L'encadrement du stagiaire, aussi bien par l'enseignant que par l'entreprise, devient ainsi obligatoire, de même que le suivi de son stage, ce qui n'est pas le cas actuellement.
L'encadrement du stagiaire, aussi bien par l'enseignant que par l'entreprise, devient ainsi obligatoire, de même que le suivi de son stage, ce qui n'est pas le cas actuellement. — Mehdi Fedouach AFP/Archives

Le décret instaurant la rémunération obligatoire des stagiaires ne sera pas présentée ce vendredi, à l’occasion de la réunion du Comité des stages. Ce décret est pourtant rendu obligatoire par la loi sur «l’égalité des chances» du 31 décembre 2006. Après plus d’un an d’attente, l’association de défense des stagiaires Génération précaire commence à perdre patience.

Réaction à chaud de Guillaume, l’un des membres de l’association.

Etes-vous déçu que le gouvernement ne présente pas le décret instaurant la rémunération des stages ce vendredi?

On a eu tellement de sons de cloches différents ces derniers jours que je ne sais pas vraiment quoi penser. Des gens de TF1 et de France 2 nous disent depuis quelques jours que c’est imminent puis on appelle le cabinet de la ministre qui nous répond que ce n’est pas pour maintenant. On sent qu’il y a des tiraillements et des arbitrages. On n’a pas de taupes et on ne sait pas ce qui se trame. Tout ce que l’on sait c’est que maintenant on est directement en contact avec le cabinet de Nicolas Sarkozy.

Les négociations avec Valérie Pécresse, la ministre de l’Education supérieure, ne vous satisfont pas?

Non. Au départ elle a pensé que le sujet était intéressant, elle a subodoré qu’il y avait quelque chose de porteur et d’original. Elle a fait un projet de loi où elle nous citait, même dans les attendus. Le projet prévoyait une limitation des stages à 6 mois, 50% du smic de rémunération et la pénalisation des abus. C’était un bon projet puis soudainement, elle a changé d’avis.

A votre avis, pourquoi le décret tarde t-il à être présenté?

Tout simplement parce que ce qu’ils nous ont proposé en octobre était scandaleux (NDLR: une rémunération correspondant à 30% du smic à partir du 4e mois de stage). Après ça, l’idée est de nous ramener exactement la même chose mais sous une autre forme quelques mois plus tard. Parce que pour eux ce que l’on demande est inacceptable. Au sein du Medef, il y a certains courants jeunes et novateurs qui seraient prêts à accepter l’idée d’une rémunération systématique, mais le reste du Medef s’étrangle. Il ne veut rien entendre parce que la situation telle qu’elle est aujourd’hui lui convient parfaitement. En face, chaque stagiaire est dans son coin et a peur de faire des vagues. Voilà pourquoi c’est difficile de les mobiliser parce qu’ils craignent que ça nuise à leurs ambitions personnelles.

La réunion de ce vendredi avec le Comité des stages vous semble-t-elle vidée de son sens maintenant que l’on sait que le décret ne sera pas présenté?

Le vrai problème c’est que ça devait être de vrais rounds de négociation et que c’est devenu des réunions thématiques. On parle des stages à l’étranger, du rôle des stages dans l’échec scolaire…
Pour le décret, il y a urgence, ça fait un an et demi que le gouvernement fait traîner cette affaire. Il est obligé de se bouger car la rémunération obligatoire des stages fait partie de la loi (Article 9 de la loi sur l’égalité des chances). Mais la rémunération ce n’est qu’un seul point parmi trois ou quatre qui conduiront à un vrai statut du stagiaire.