Interdiction d’allaiter dans un commissariat: «La commissaire a reconnu la faute des policiers»

INTERVIEW Pour « 20 Minutes », le compagnon de la mère interdite d'allaiter dans un commissariat dresse le bilan de cet incident qui a suscité un tollé sur la toile...

Propos recueillis par Marie de Fournas

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Illustration: allaitement maternel.
Illustration: allaitement maternel. — ALFREDO ESTRELLA / AFP

Lundi 10 avril, une femme venue avec son mari faire une procuration dans un commissariat du 2e arrondissement de Paris, s’est vue interdite d’allaiter son nourrisson en public. Lorsqu’elle en a fait la demande aux policiers à l’entrée, elle s’est vue répondre par l’un d’eux : « Il est hors de question que vous allaitiez en public ! Vous n’allez pas imposer ça aux gens ».

Contraints de quitter le commissariat sans avoir effectué sa démarche administrative, le couple a raconté sa mésaventure sur Facebook et lancé une pétition sur change.org. En quelques jours la polémique enfle. A tel point qu’aujourd’hui les deux parents comptent plus de 39.700 soutiens sur internet. Cinq jours après les faits, Nicolas, le père, revient sur la tournure prise par les évènements et en dresse le bilan pour 20 Minutes.

En tant que père de famille, quel est votre sentiment sur cet incident ?

Je pense que c’était une chance que je sois avec ma femme ce jour-là, car cela aurait été plus difficile pour elle de gérer cela seule. Après, c’est moi qui portais notre enfant et face à la violence verbale de l’échange avec les policiers, je me suis mis en retrait pour ne pas mettre mon bébé au milieu de toute cette tension. Cela a quand même été dur après coup parce que l’allaitement est un choix que l’on décide en couple. C’est un choix qui n’est pas toujours évident parce que cela touche au corps. Alors c’est difficile quand, en plus de ça, on sent le jugement d’autrui.

Était-ce pour vous un acte militant de lancer une pétition ?

C’était d’abord un moyen de réagir après ce qu’il venait de nous arriver. On avait besoin de prendre la parole après cet événement qui nous a beaucoup choqué. Ma compagne, son réflexe c’est d’écrire. Moi je suis plus porté sur les réseaux sociaux. Ça nous a fait du bien d’être rassuré par les commentaires des gens. C’est un peu comme si on recevait des accolades ou des mots de soutien mais sur le Web. La pétition, c’était davantage un acte citoyen. On s’est dit qu’on ne voulait pas que d’autres vivent la même chose que nous.

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Avez-vous eu une explication de la part du commissariat ?

Oui la commissaire en chef nous a appelé. On a échangé au téléphone pendant 45 minutes. C’est quelqu’un de très humain et en tant que femme elle a eu beaucoup d’empathie à notre égard. Elle s’est excusée au nom du commissariat et elle a reconnu la faute des policiers. C’était une grande satisfaction pour nous. D’ailleurs elle nous a proposé de venir au commissariat pour discuter en face-à-face et même de rencontrer le policier qui nous avait refusé l’accès. Elle a ajouté qu’elle prendrait des mesures en interne pour faire passer le message et que cela ne se reproduise pas.

Cependant on a été assez déçu que la préfecture ne rentre pas en contact avec nous. Surtout, elle a diffusé des éléments de langage assez léger auprès de la presse, qui pourrait laisser entendre qu’un commissariat n’est pas un lieu adapté pour allaiter. Que la préfecture nous appelle et s’exprime avec le même son de cloche que la commissaire serait une belle manière de clôturer cette histoire.