«Les gens achètent des bouteilles, boivent au goulot, et hurlent sur les trottoirs»

REPORTAGE Visite des vendeurs d'alcool et des gens du quartier des Champs-Elysées, après la publication d'un arrêté interdisant de boire de l'alcool...

Anne Louise Sautreuil

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Les 38 millions d'automobilistes français sont invités à oublier jeudi appels de phare, bras d'honneur, queues de poisson, stationnements sur les passages pour piétons et autres incivilités lors de la 8e journée nationale de la courtoisie au volant et sur la route.
Les 38 millions d'automobilistes français sont invités à oublier jeudi appels de phare, bras d'honneur, queues de poisson, stationnements sur les passages pour piétons et autres incivilités lors de la 8e journée nationale de la courtoisie au volant et sur la route. — Thomas Coex AFP/Archives

Le temps où l’on pouvait descendre les Champs-Elysées, une canette de bière à la main est bientôt révolu : c’est ce que révèle le Parisien ce mercredi.

Le 31 décembre, Michel Gaudin, le préfet de police de Paris, a pris un arrêté prohibant la consommation d'alcool dans le quartier des Champs-Elysées entre 16 heures et 7 heures.
La vente à emporter de boissons alcoolisées sera également interdite dans le quartier entre minuit et sept heures.

Une belle victoire pour François Lebel, le maire du VIIIe arrondissement qui réclamait cet arrêté depuis de nombreuses années: «A cause de la concentration des boîtes de nuit dans le quartier, on a tous ceux qui sortent de boîte, plus ceux qui se sont fait refouler qui vont chez les épiciers ouverts toute la nuit. Ils achètent des bouteilles, boivent au goulot, déambulent et hurlent sur les trottoirs».

Le Comité des Champs-Elysées, l’association regroupant la plupart des commerçants de l’avenue, a accueilli la nouvelle avec satisfaction: «C’est bon pour l’image du quartier. Nous les commerçants somme très contents de cet arrêté qui en plus ne concerne que quatre petites épiceries du quartier».

«Nul n’est censé ignorer la loi»


Au 48 rue du Colisée, la petite échoppe de Slim est l’une d’elles. Elle reste ouverte jusqu’à deux heures du matin. Sur les étagères du fond derrière la caisse, les bouteilles d’alcool représentent au moins un quart du stock de sa boutique. «Si c’est vrai qu’on ne peut plus vendre d’alcool à partir de minuit – parce que je n’ai encore rien reçu de la préfecture – je ne sais pas comment je vais faire, raconte-t-il. La journée, je ne fais presque rien, les gens vont faire leurs courses au Monoprix. L’essentiel de mes ventes c’est le soir et le week-end», poursuit-il.

«La brioche dorée», l’enseigne de restauration rapide située en bas des Champs-Elysées est ouverte 24 heures sur 24. Ici non plus, personne n’est au courant de l’interdiction. «Nous n’avons rien reçu. A partir de minuit, c’est certain on vend plus d’alcool que dans la journée, mais les clients sont obligés de manger quelque chose avec, témoigne un vendeur. Si vraiment on ne peut plus vendre de l’alcool à emporter pour nous ça ne va pas changer grand chose. Les gens consommeront sur place».

Les commerçants disent n’avoir rien reçu et pourtant «nul n’est censé ignorer la loi» rappelle le maire du VIIIe. «Si l’arrêté date du 31 décembre, il a été rendu exécutoire 48 heures plus tard», affirme t-il. S’ils vendent de l’alcool après minuit, ils sont considérés comme étant en infraction. Mais la mairie affirme vouloir laisser le temps aux commerçants de s’habituer à la nouvelle règle. Les agents de police devraient commencer par faire de la pédagogie.

«Ca ne suffira pas»

Régis Leroy, concierge dans un immeuble d’une rue adjacente aux Champs-Elysées se souvient d’avoir «lu l’information ce [mercredi] matin dans le journal». «C’est un arrêté utile. Personnellement j’ai été agressé verbalement à plusieurs reprises par des gens ivres ou peu fréquentables, ajoute-t-il. Mais ça ne suffira pas. Ce qui me fait rire, c’est qu’il suffit d’aller au bout de la rue pour sortir de la zone et pouvoir acheter de l’alcool».

Habitante du quartier depuis près de 40 ans, Marie-Thérèse confirme «ils peuvent aller ailleurs les jeunes et en plus il n y a pas que l’alcool, ils fument toute sorte de chose aujourd’hui», conclut-elle.










12 quartiers déjà concernés

Douze quartiers parisiens sont déjà concernés par des restrictions sur la vente ou la consommation d'alcool :

- Secteur de Beaubourg et des halles (Ier, IIe, IIIe arrondissements).
- Quartier Latin (VIe)
- Jussieu (Ve)
- Montmartre et Pigalle (IXe)
- Gare du Nord, Gare de l’Est, Strasbourg Saint-Denis et Canal Saint-Martin (Xe)
- Bastille-Oberkampf (XIe)
- Gare de Lyon (XIIe)
- Quartier Jonquières-Epinettes (XVIIe)
- Secteur Chapelle, Goutte d’Or. (XVIIIe)