Bruno-Pascal Chevalier, atteint du sida, en grève des soins contre les franchises médicales

SANTE Il a écrit au Président pour réclamer un retrait...

Catherine Fournier

— 

Bruno-Pascal Chevallier, malade du sida, est en grève de soins pour protester contre les franchises médicales
Bruno-Pascal Chevallier, malade du sida, est en grève de soins pour protester contre les franchises médicales — DR

«Monsieur le Président, je vous fais part officiellement de ma grève de soins que j’entame aujourd’hui en soutien à toutes les victimes de la mise en place de la franchise médicale.» Ce message, Bruno-Pascal Chevalier l’a posté sur 20minutes.fr ce vendredi, deux jours après l’avoir adressé à l’Elysée. Dans sa lettre, cet homme de 45 ans explique qu’il est malade du sida et que les nouvelles franchises (lire encadré) appliquées à partir du 1er janvier vont l’obliger à payer «50 euros par an d’impôt supplémentaire».

Plus de trithérapie, de médicaments ni d’examen

Contacté par 20minutes.fr, ce «travailleur social» de Morsang-sur-Orge (Essonne) répond d’une voix fatiguée. «Oui», il observe bien une grève de soins depuis trois mois, qu’il a décidé de médiatiser à l’entrée en vigueur de ces franchises. Autrement dit, plus de trithérapie, de médicaments tout court ni d’examens pour vérifier l’évolution de son état de santé. A l’Elysée, on indique que le courrier a bien été reçu mais que Nicolas Sarkozy n’en a pas encore pris connaissance. «Le Président lui répondra sans faute», ajoute-t-on.

7,7 millions de malades longue durée

Militant de longue date — il a été membre d’Aides et préside deux associations, dont le Patchwork des noms, qui soutient les personnes endeuillées par le sida — Bruno-Pascal Chevalier a pris cette décision «au nom de tous les malades» et plus particulièrement des 7,7 millions de personnes atteintes d’affection longue durée (ALD) en France, comme les malades du diabète, du cancer ou d'une insuffisance rénale... A moins de bénéficier de la Couverture médicale universelle (600.000 ALD à ce jour), d’être âgées de moins de 18 ans ou d’être enceintes, elles ne font pas partie des 15 millions personnes exonérées de ces franchises, selon le ministère de la Santé.

60% des dépenses de santé

«Je n’encourage pas d’autres malades à faire comme moi, mais certains le font déjà officieusement, faute de pouvoir payer les soins qui ne sont pas pris en charge à 100%.» Et de citer les médicaments de confort nécessaires pour soigner les effets secondaires liés aux traitements. «Tout dépend du protocole de soins mis en place avec le médecin», rétorque-t-on à la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). L’organisme rappelle que sur les 132,1 milliards d’euros dépensés en 2006 pour la santé des Français, 60% ont été consacrés aux patients atteints d’ALD. Soit 79 milliards d’euros.

«Le plafond des franchises ne pourra pas excéder 50 euros par an», ajoute-t-on à la Cnam. Cette somme est malgré tout perçue comme «la goutte d’eau de trop» par certains malades. Avec les précédentes franchises mises en place et les traitements qui ne sont pas pris en charge à 100%, une certaine somme reste déjà à la charge des assurés d’atteints d’une ALD, qui peut atteindre 600 euros selon un rapport d'experts paru en septembre dernier.

Certains plus pénalisés que d’autres

Ce «reste à charge» pénalise surtout ceux qui gagnent trop pour être couverts par la CMU complémentaire (plafond de 606 euros par mois), comme c’est le cas pour les bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés (621 euros par mois), ou par l’aide à la complémentaire santé (plafond de 717 euros), mais pas assez pour s’offrir une bonne mutuelle. «Depuis deux ou trois ans, les associations consacrent de plus en plus d’argent au financement des mutuelles de leurs adhérents», expliquait en octobre dernier à 20minutes.fr Anthony Gouas, représentant d’Aides au sein du collectif contre les franchises médicales.

A partir du 1er janvier 2008, l’assuré paie de sa poche 50 centimes par boîte de médicaments, 50 centimes pour tous les actes paramédicaux pratiqués en soins de ville (kinésithérapeuthe, infirmière, podologue, opticien... pour consulter la liste, cliquez ici ) et 2 euros pour tous les transports sanitaires.