« C'est bien, mais cela aurait pu être fait avant »

REACTIONS Après les annonces en faveur des SDF, des professionnels du milieu commentent...

Recueilli par L. de C.

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En pleine vague de froid et trois jours après l'éviction d'un campement à Paris, le Premier ministre François Fillon s'est engagé mardi à ce qu'un "contrat" soit signé le 15 janvier avec les associations de sans-abri, qui se disent "satisfaites mais vigilantes".
En pleine vague de froid et trois jours après l'éviction d'un campement à Paris, le Premier ministre François Fillon s'est engagé mardi à ce qu'un "contrat" soit signé le 15 janvier avec les associations de sans-abri, qui se disent "satisfaites mais vigilantes". — Bertrand Guay AFP

Ils sont au quotidien en première ligne dans l'accueil des SDF. Les responsables de trois centres d'hébergement réagissent aux annonces de François Fillon.

· Michel Berjon, responsable d'un centre Emmaüs de 54 lits à Paris «C'est bien que le gouvernement se mobilise, mais ça aurait pu être fait avant. L'urgence, c'est d'ouvrir des centres : ces quinze derniers jours, j'ai une dizaine de SDF qui se sont présentés, j'ai dû passer des coups de fil pour les envoyer ailleurs, faute de lits disponibles chez moi. C'est du "au jour le jour". Du coup, certains me disent qu'ils préfèrent encore rester à la rue. Environ 20 % de mes pensionnaires gagnent 1.500 euros par mois : ils n'ont rien à faire ici. Forcément, ça crée un embouteillage. On aura beau avoir de beaux centres, avec plein de travailleurs sociaux, tant qu'on ne construira pas de logements, on ne pourra pas offrir de sortie par le haut.»

· Eric Delhaye, directeur des centres de l'Armée du Salut à Lille «Je suis satisfait que l'Etat mette plus de moyens pour résoudre les problèmes repérés par les associations. Il faut développer des petites unités, pour que les gens se sentent chez eux, en attendant que des logements soient construits, pour ne plus les parquer dans nos centres. Je fais tout pour rendre mon espace agréable, mais ce n'est pas une fin en soi. Les SDF doivent rentrer avant 21h, l'alcool est interdit, ils sont deux à trois par chambre, avec des personnalités plus ou moins abîmées, racistes, agressives. Et puis on doit parfois les remettre à la rue, ce qui les détruit un peu plus à chaque fois.»

· Luc Monti, responsable d'un centre Secours catholique de 124 lits à Paris «Les choses avancent terriblement. On passe à une vraie politique d'action sociale, et non plus seulement humanitaire. Notre centre d'urgence se transforme le 1er janvier en centre de stabilisation, j'en suis très content. On revoit complètement notre organisation. C'est tout bête mais du coup, plusieurs SDF chaque semaine ont accepté de se faire hospitaliser parce qu'ils savaient qu'à leur retour, ils auraient encore leur lit et leur armoire!»