Yvan Colonna: «Je reste ce que je suis, un patriote corse»

JUSTICE Le berger de Cargèse a refusé de condamner l'assassinat du préfet Claude Erignac...

Avec agence

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La cour d'assises spéciale de Paris, qui juge Yvan Colonna accusé de l'assassinat de Claude Erignac, se transportera en Corse dimanche sur les lieux de l'assassinat du préfet, à Ajaccio, a-t-on appris jeudi auprès du parquet général.
La cour d'assises spéciale de Paris, qui juge Yvan Colonna accusé de l'assassinat de Claude Erignac, se transportera en Corse dimanche sur les lieux de l'assassinat du préfet, à Ajaccio, a-t-on appris jeudi auprès du parquet général. — Benoit Peyrucq AFP/Archives

«Je reste ce que je suis, un patriote corse»: Yvan Colonna a refusé vendredi de renier ses convictions ou de condamner l'assassinat du préfet Claude Erignac, dont il est accusé, tout en répétant qu'il n'avait «jamais tué personne».

«Question perverse»

Prenant la parole une dernière fois avant le transport de la cour d'assises spéciale en Corse dimanche, le berger de Cargèse a expliqué qu'il ne pouvait pas répondre à la «question perverse» de l'avocat de la veuve du préfet, Philippe Lemaire, qui lui demandait ce qu'il «pensait» de l'attentat.

«Quoi que je dise, on ne pourra pas donner d'interprétation saine à la réponse que je peux faire. Si je condamne, on va dire que je suis calculateur et menteur. Et si je dis qu'au-delà du drame humain, il faut comprendre l'acte politique, on va dire que j'essaie de me justifier, que je suis auteur et co-auteur» de l'assassinat le 6 février 1998, a-t-il expliqué.

Lettre écrite pendant sa cavale

«Je n'ai jamais tué personne et a fortiori M. Erignac», a-t-il immédiatement ajouté, ce qui n'a pas convaincu les avocats des parties civiles, comme Benoît Chabert pour qui «un innocent ne s'exprime pas comme Yvan Colonna», ou Philippe Lemaire, selon qui «Mme Erignac n'a pas eu de réponse à ses questions».

L'accusé a été longuement confronté à une lettre, écrite pendant sa cavale de plus de quatre ans et publiée en janvier 2001 dans la presse. «La violence en Corse, y déclarait-il, pour moi ce sont des actes de résistance face à une politique de négation de notre peuple et de nos droits». «Je n'ai jamais fait l'apologie de la violence», se défend aujourd'hui l'accusé, qui «ne regrette pas» pour autant d'avoir écrit cette lettre. La résistance, «c'est un terme très général qui s'applique à beaucoup de choses : parler corse à mon fils, c'est de la résistance. Je n'ai jamais participé à un acte de résistance violente. Je n'ai jamais été un résistant mais un patriote corse recherché», insiste-t-il.

«Rendez-vous dimanche à l’aéroport»

«J'ai maintenu ma position de principe... Si j'avais changé d'avis et des remarques à faire, je ne les ferais pas dans cette enceinte... Si j'avais des critiques à formuler, je ne le ferais pas devant vous. Ce sont ma cohérence et mes convictions qui me font rester debout après ce que j'ai subi», lance-t-il au président Dominique Coujard, qui disait ne pas le «reconnaître» dans cette lettre «langue de bois». «Et bien je me trompais, je pensais que cette lettre, elle ne pouvait pas être de vous», dit le juge avant de conclure : «Rendez-vous 9h30 dimanche à l'aéroport de Villacoublay».