Quand la police fait appel aux citoyens... Participatif ou délation?

ENQUETE Distribution de tracts, messagerie spécialisée dans la délation, utilisation de vidéos anonymes...

C. F. avec AFP

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Un "parrain" du Sud de la France, Roland Cassone, a été placé dimanche sous mandat de dépôt à Marseille après avoir été mis en examen dans une affaire de blanchiment lié au cercle de jeux parisien Le Concorde, a-t-on appris auprès de son avocat.
Un "parrain" du Sud de la France, Roland Cassone, a été placé dimanche sous mandat de dépôt à Marseille après avoir été mis en examen dans une affaire de blanchiment lié au cercle de jeux parisien Le Concorde, a-t-on appris auprès de son avocat. — Pierre Andrieu AFP/Archives

L’appel à la contribution des citoyens pour mener des enquêtes est-il une nouvelle tendance dans la police? Après les tracts dans les boîtes aux lettres à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), voici dans le Var, la messagerie Internet «spécialisée dans la délation».

«Une brigade de renseignement de voie publique»

Ce serveur informatique a été installé au commissariat central de Toulon pour recevoir les messages, textes, photos, vidéos, transmises par messagerie électronique par ceux qui souhaitent signaler des méfaits et délits. Le syndicat Unsa Police du Var s’en inquiète. Selon lui, «la réalité est qu'il y a en gestation non officielle un projet de créer une brigade de renseignement de voie publique. Les renseignements généraux étant désormais appelés à d'autres fonctions, la sécurité publique se dépêche de créer son propre service de renseignements».

Et ça marche. Après les violences de Villiers-le-Bel, les policiers ont reçu plusieurs cartes mémoires d'appareils photos ou de caméscopes numériques à partir desquelles ils peuvent identifier les auteurs présumés des agressions et dégradations. Selon Europe 1, qui révèle l’information, ces témoignages n’ont rien à voir avec les tracts distribués par la police qui annonçaient de fortes récompenses et auxquels une centaine de personnes ont répondu. Ceux-ci arrivent de façon spontanée et anonyme, dans une démarche civique.

La messagerie «délation» du Var a donc de beaux jours devant elle. L'Unsa va demander au préfet de «mettre un terme à cette expérience qui n'a fait l'objet d'aucune concertation avec les organisations syndicales». Contactée par 20minutes.fr, la préfecture a rétorqué qu’il s’agissait d’un «procédé interne à la police et que le préfet ne disposait pas d’éléments sur cette messagerie.»

Le Syndicat de la magistrature condamne

Le Syndicat de la magistrature (SM) a quant à lui appelé ce vendredi à ne pas cautionner «l'incitation à la délation». Le SM, marqué à gauche, «s'alarme de la multiplication de tels procédés d'enquête, aux contours juridiques flous, qui ne peuvent qu'envenimer les relations entre les citoyens et banaliser la délation»: il «appelle les magistrats ayant la maîtrise des enquêtes à refuser cette dérive», selon un communiqué.