« J'ai aperçu la secrétaire par terre, j'ai détourné les yeux »

A. Sulzer - ©2007 20 minutes

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13 h 50, hier, place Saint-Augustin à Paris. Une vingtaine de voitures de police déboulent en trombe, sirènes hurlantes. Des groupes de gendarmes sont déjà positionnés, des militaires, casqués et armés, bloquent l'accès du boulevard Malesherbes. Des jeeps barrent la route. Une heure plus tôt, un colis a explosé dans ce beau quartier de la capitale.

Les rumeurs contradictoires circulent. Le bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris, Yves Repiquet, et son successeur, annoncent, la mine grave, qu'une secrétaire a été tuée. Un peu plus tard, c'est au tour de Bertrand Delanoë, le maire de Paris, de faire son apparition pour condamner cette « violence criminelle ». Il sera vite rejoint par sa concurrente UMP Françoise de Panafieu, qui évoque un « acte odieux » devant les caméras.

De l'autre côté de la place marche l'avocat Serge Klarsfeld, vice-président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Cette institution se trouve sur le même palier que le cabinet visé. Emu - l'avocat blessé, Olivier Brane, étant « un de ses amis » - il affirme que c'est le cabinet Gouet-Jenselme qui était « vraisemblablement visé ». Il rejoint les salariés, « choqués mais pas blessés », de la Fondation dans une sandwicherie voisine.

Audrey y raconte avoir entendu « un gros bruit » juste derrière la porte. « Quelques secondes plus tard, les victimes, qui tremblaient et pleuraient, se sont précipitées chez nous pour appeler les secours, explique-t-elle. J'ai aperçu la secrétaire, étendue par terre, mais j'ai détourné les yeux. » Les secours les ont ensuite évacués très vite par les escaliers avec Me Brane « recouvert de sang, mais qui marchait ». Audrey, comme ses collègues, pense que la présence au même étage de l'institution mémorielle « est un hasard ». Le regard dans le vide, elle répète : « si la bombe avait été plus forte, j'y serais passée ».