«Les filles passent à l’acte sexuel par besoin de plaisir, comme elles mangeraient un bonbon»

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Alors que l’observatoire du célibat publie une enquête sur les célibataires en quête d’âme sœur sur les sites de rencontre, Martine Teillac, psychanalyste, analyse le célibat des femmes à l’heure du Net.

Pourquoi les femmes célibataires s’inscrivent-elles sur les sites de rencontre?
Même si de plus en plus de femmes vivent leur célibat de façon très épanouissante, en profitant des bienfaits de leur autonomie, seule une infime minorité d’entre elles veulent en faire un mode de vie définitif. Car elles ont le désir de créer un couple. Celles qui s’inscrivent sur les sites de rencontre ont une démarche très ambiguë: d’un côté, elles se disent «ça va marcher» et de l’autre, elles sont très méfiantes car elles ne sont pas dupes de ce qu’elles y trouvent. En effet, elles savent à quel point on peut tricher sur les informations que l’on donne de soi, par exemple en trafiquant les photos.

Les femmes trichent-elles aussi sur leur profil?
Celles qui ont déjà fait l’expérience d’en avoir trop dit en ligne se sont retrouvées déstabilisées. Par la suite, elles dévoilent le minimum possible, elles apprennent à se dévoiler très peu, et gardent ainsi le mystère nécessaire à la rencontre.

Sur un site de rencontre, on peut faire des recherches très précises sur le profil du partenaire désiré, jusqu’à un grand niveau de détails (âge, lieu d’habitat, physique, métier, revenu). Les femmes sont-elles adeptes de ce niveau de précision?
Oui, et c’est d’ailleurs assez irréaliste. Les femmes ont une vision prédéterminée: selon elles, il faut que les hommes remplissent des cases. Or les rencontres ne se font pas comme cela. Cette cérébralisation de l’amour via des critères préconçus est en fait un frein à la rencontre amoureuse.

Peut-on encore parler de pression sociale sur les femmes célibataires?
La pression sociale est moindre. Le célibat des femmes qui ont la trentaine n’a rien à voir avec ce qu’ont connu leurs mères ou leurs grands-mères avant de rencontrer leur mari. Il n’y a plus de notion de «vieille fille». Dans la société, elles ne sont plus considérées comme des parias mais très insérées, à la fois socialement et professionnellement. Les femmes célibataires sortent beaucoup, souvent entre copines, se cultivent, et vivent leur sexualité avec une grande liberté. Les filles passent à l’acte sexuel de plus en plus rapidement, motivées par le besoin de plaisir, de consommation, comme elles mangeraient un bonbon, et parce qu’elles vivent l’acte sexuel comme un signe de bonne augure (ou pas). Si le rapport se passe bien, elles se disent que c’est un bon point pour le couple à venir qu’elles pourraient construire avec l’homme qu’elles viennent de rencontrer.
En fait, la pression sociale s’est déplacée. Les parents ne demandent plus à leurs filles «quand vas-tu te marier?» mais plutôt «est-ce qu’on aura des petits-enfants?»