EDUCATION

Quand les profs sont des ex-élèves de ZEP

L'IUFM de Créteil (Val-de-Marne), les évalue à 20% des nouvelles recrues...

Certains voient en eux des «nouveaux hussards de la République», en référence à ces instituteurs du XIXe siècle issus de toutes les couches sociales qui répandaient dans les écoles leur savoir éclairé (et les préceptes de la laïcité).

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Trois mois après la rentrée scolaire, les profs de ZEP qui ont eux-mêmes effectué leur scolarité dans des établissements classés zones d'éducation prioritaire poursuivent leur tâche. Le ministère de l'Education ne les recense pas, contrairement à l'IUFM de Créteil (Val-de-Marne), qui les évalue depuis deux ans : environ 20% des nouvelles recrues de l'académie ont grandi en ZEP.

Particulièrement investis

«La proportion est sensiblement la même à Marseille, Lyon et Lille» assure Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l'IUFM. Sont-ils pour autant plus nombreux ? En toute logique, oui, vu l'ampleur prise par le dispositif des ZEP. Surtout, ils sont particulièrement investis dans leur métier : d'après Florence Legendre, sociologue (lire ci-contre), la majorité de ces jeunes profs ont fait le choix de revenir s'occuper d'élèves réputés difficiles, dans des quartiers qui le sont tout autant.

«C'est positif de voir des réussites se construire en ZEP et de les voir de surcroît se tourner vers l'enseignement. Comme s'ils voulaient rendre à l'école ce qu'elle leur a donné», estime le directeur adjoint de l'IUFM.

Mais tous les profs qui ont grandi en ZEP ne veulent pas forcément y enseigner. Ainsi Camille Bouteau, prof de physique scolarisé dans un établissement difficile de Rouen (Seine-Maritime), a été affecté cette année, pour sa première rentrée, au collège ZEP les Pyramides à Evry (Essonne). «Dès que je peux, je bouge vers un établissement plus calme», annonce le jeune homme. Il confie avoir du mal à gérer ses classes turbulentes, malgré son parcours. «Je n'ai pas l'impression d'avoir des ficelles en plus par rapport à mes collègues.»

«Les parents demandent de s'adapter à leurs enfants»

Souvent, néanmoins, ces jeunes se sentent plus proches de leurs ouailles que les néotitulaires parachutés de petites villes ou de quartiers aisés. «Mais du coup, les parents en profitent parfois pour leur demander de s'adapter à leurs enfants, de leur parler arabe ou de les aider à changer les menus à la cantine», note Alain Bourgarel de l'Observatoire des zones prioritaires. Les hussards aussi ont la vie dure !