« Je connais leur malaise, je suis armée pour leur répondre »

REPORTAGE Une ex-élève de ZEP est devenue prof en collège difficile...

L. de C.

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«Tu gênes tout le monde.» «Non, j'gêne personne.» La réplique claque dans la salle de classe. Socrate, 14 ans et une ravissante crête tecktonik sur le crâne, répond du tac au tac à sa prof de français.


«Je me suis battue pour travailler ici»


Dans cette 4e du collège ZEP Joliot-Curie à Stains (Seine-Saint-Denis), la scène semble banale. Mlle Lesaulnier, 25 ans, qui exerce depuis trois mois seulement, y est pourtant habituée. Elève, elle a été scolarisée en ZEP non loin de là, à Epinay-sur-Seine. «Je me suis battue pour venir travailler ici. J'ai même écrit au député pour qu'on ne m'affecte pas ailleurs!», sourit la charmante jeune femme.

Face à ses vingt-trois élèves, elle enchaîne les «chut», crie, alterne les gros yeux et un sourire pour calmer les ados particulièrement agités aujourd'hui. «Elle est très courageuse, moi je serais allée ailleurs à sa place», souffle Assia, réfugiée au fond de la classe et qui tente de lire La Maison enragée au milieu des «ferme ta bouche!» qui fusent entre ses camarades.

«J'ai grandi avec des jeunes comme eux, explique la prof. Alors je connais leur malaise. Quand ils me provoquent sur la police ou le voile, je suis armée pour leur répondre : je puise des exemples dans leur quotidien, dans la vie de la cité.» Craie à la main, elle s'évertue à ramener le silence. «C'est quoi l'omniscience?», demande t-elle. «Quand tu lis les sentiments du gars», répond un gamin. «J'ai envie de les aider, ici. C'est mon devoir. Quand je les ai quittés pour un lycée parisien parce que je m'ennuyais et que je souffrais de l'insécurité, j'étais sûre de revenir.»

«Moral mis à rude épreuve»

Pourtant, la tâche est difficile. Pendant le cours, ils sont six maximum à noter ce qu'elle dit. Les enseignants qui ont grandi en ZEP ont beau être, selon le proviseur, «particulièrement conscients qu'il faut susciter une soif d'apprendre», leur moral est mis à rude épreuve. Le cours à peine fini, Mohamed sort de la classe en courant. «On a besoin d'elle», murmure pourtant celui qui a failli se prendre une heure de colle.