« Je viens aux Restos du coeur, mais je n'aime pas ça »

Laure de Charette - ©2007 20 minutes

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Au fond d'une cour abandonnée du 18e arrondissement de Paris, un grand hangar glacé et peu accueillant. Une dizaine de femmes avec poussettes et quelques hommes seuls passent d'une table à l'autre pour remplir en silence leur cabas de yaourts, viande, fromage et pâtes. Comme dans toute la France, la distribution d'aide alimentaire a commencé hier matin dans le plus grand centre des Restos du coeur de Paris. « Près de 600 familles, étrangères pour la plupart, se sont inscrites ces quinze derniers jours », nous explique Janine Teboul, la responsable. Parmi les bénéficiaires présents dès le premier jour, Philippe, un grand monsieur au chapeau élégant. « Je viens m'inscrire, sinon je n'y arrive pas. J'ai une petite fille à charge de 2 ans et demi, je vis dans un hôtel meublé, il me reste 230 euros par mois après le loyer. C'est la troisième année que je viens. Au début, c'était pour me dépanner, aujourd'hui, c'est une roue de secours. »

D'après Denise, retraitée et bénévole au sein de l'association, la plupart des gens « qui viennent faire leur marché ici » sont plus « à la limite » qu'en grande précarité. « On leur dit : "Faites tout pour conserver vos logements, et venez manger ici. Mais surtout, gardez votre toit." » Les mains dans les poches, les yeux hésitants, Souleymane, 48 ans, est venu s'inscrire. « Par pudeur », il ne dit pas à ses deux enfants de 4 et 19 ans qu'ils sont en partie nourris grâce à l'association. Commis en intérim dans un restaurant parisien, il gagne entre 700 et 1 200 euros par mois. « Quand je n'ai pas assez de boulot, je viens ici. Mais je n'aime pas. J'aimerais avoir les moyens de vivre décemment. » Son nom enregistré, il ne s'attarde pas à discuter avec les bénévoles. Enfoui la tête dans sa doudoune, il s'éclipse dans la rue.