Propos antisémites d'un ministre algérien : le Quai d'Orsay demande des «clarifications» à Alger

DIPLOMATIE Abdelaziz Bouteflika recadre les choses en rappelant que la politique extérieure est son «domaine réservé»...

avec AFP

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Le président français Nicolas Sarkozy "n'est pas le bienvenu" en Algérie, a déclaré jeudi le secrétaire général de la puissante Organisation nationale des Moudjhadine (anciens combattants) Saïd Abadou, dans un déclaration au quotidien Al Khabar.
Le président français Nicolas Sarkozy "n'est pas le bienvenu" en Algérie, a déclaré jeudi le secrétaire général de la puissante Organisation nationale des Moudjhadine (anciens combattants) Saïd Abadou, dans un déclaration au quotidien Al Khabar. — Fayez Nureldine AFP/Archives

De la friture sur la ligne Paris-Alger. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascale Andréani, a indiqué que la France souhaite des clarifications de la part d'Alger, à la suite des propos antisémites du ministre algérien des Anciens combattants, Mohammed-Chérif Abbas. La veille, le Quai d'Orsay s'était contenté de «s'étonner» des déclarations.

A quelques jours d'une visite d'Etat de Nicolas Sarkozy en Algérie, prévue du 3 au 5 décembre, l'Elysée, sollicitée par 20minutes.fr, a précisé qu'il maintenait sa visite. Il sera reçu «en ami», a assuré le porte-aprole adjoint de l'Elysée, Pierre-Jérome Hénin.




Visiblement embarassé, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, a réagi jeudi. Il a indiqué au téléphone à son homologue français que les propos en cause «ne reflètent en rien la position de l'Algérie». Selon lui, «la politique extérieure relève du domaine réservé du président de la République et de ses plénipotentiaires dont le ministre des Affaires étrangères».

Un PS qui demande l'annulation du voyage

Si l'exécutif français a donc réagi prudemment, le parti socialiste a haussé le ton. Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, a demandé pas moins au chef de l'Etat que de «suspendre son voyage en Algérie». «La campagne menée contre Enrico Macias, avec des propos insupportables sur le 'lobby juif' par le ministre algérien des Moudjahidine (…) est inacceptable», estime-t-il. «Le fait que Enrico Macias ait décidé de ne plus faire partie de la délégation présidentielle démontre que l'odieux chantage a déjà porté. Se rendre en Algérie dans ces conditions, c'est avaliser le chantage et minimiser les propos».

Même tonalité chez le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, qui estime lui aussi que Nicolas Sarkozy ne peut «aller à Alger sans obtenir avant des excuses».

Des associations unanimement furieuses

Du côté des associations, le tollé est général. La Ligue des droits de l'Homme (LDH) se dit «scandalisée» par des déclarations qui «témoignent de la résurgence des préjugés antisémites les plus nauséabonds et doivent être immédiatement désavoués». Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) évoque des propos «tout aussi inacceptables qu'irresponsables» quand le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), Patrick Gaubert, affirme ne pas «être surpris» car «l'Etat algérien et ses représentants sont coutumiers de ce genre de déclarations».

Quant au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), il s'est dit «écoeuré par ces propos grossièrement antisémites» qui «fomentent la haine envers les juifs et visent à retarder toute tentative de réconciliation entre la France et l'Algérie».

En France, seul Jean-Pierre Raffarin a tempéré en estimant que «nous n'avons pas, nous, à mettre de l'huile sur le feu». Selon lui, les propos ont «été démentis quelques heures après avoir été prononcés».

Mercredi, Mohammed-Chérif Abbas avait en effet affirmé «avoir appris avec beaucoup d'étonnement et de mécontentement» certains des propos qui lui étaient attribués par le quotidien «Al Khabar». Mais n'avait pas formellement démenti ni condamné.

Pas d'émotion en Algérie

En Algérie, les propos en cause n'ont pas été commentés par les autres ministres et ont plutôt fait l'objet de soutien de la part de certaines personnalités. Le secrétaire général de la puissante Organisation nationale des Moudjhadine (anciens combattants), Saïd Abadou, a apporté son soutien au ministre, jugeant que Nicolas Sarkozy n'était «pas le bienvenu en Algérie». Sa «visite s'inscrit dans des objectifs diplomatiques clairs», a-t-il ajouté, sans préciser à quoi il pensait.

Mohammed el-Korso, président de l'Association du «8 mai 1945», qui réclame la reconnaissance par la France des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, a dénoncé, quant à lui, une «campagne» de la presse française. «Le ministre des Moudjahidine a énoncé une vérité confirmée par des faits historiques et politiques. Sarkozy peut-il renier ses origines? A-t-il renoncé à apporter un soutien illimité à l'Etat sioniste? Nullement. Au contraire, il s'est livré à des attaques contre les Arabes et les musulmans. Mais au lieu que ces attaques provoquent un tollé en Algérie et dans les pays arabes, c'est la presse française qui a déclenché l'apocalypse contre nous, juste parce qu'un ministre algérien a donné un témoignage tiré de la biographie de Sarkozy. Sarkozy, qui sent psychologiquement qu'il n'est pas Français, tente de montrer qu'il est plus Français que les Français», a-t-il attaqué.