Tous contre la carte judiciaire

JUSTICE Avocats, magistrats et greffiers se sont mobilisés jeudi partout en France pour exiger l'abandon de la réforme de Rachida Dati…

Sa. C. avec AFP

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La mobilisation contre la réforme de la carte judiciaire a atteint son point d’orgue ce jeudi, avec des manifestations un peu partout en France.
La mobilisation contre la réforme de la carte judiciaire a atteint son point d’orgue ce jeudi, avec des manifestations un peu partout en France. — Reuters

La corde au cou à Paris, autour d’un pique-nique devant le tribunal à Toulouse, en opération ville morte à Guingamp: avocats, magistrats et greffiers se sont mobilisés jeudi contre la réforme de la carte judiciaire un peu partout en France.
 
«Touche pas à mon tribunal»
 
A Paris, les manifestants se sont massés devant deux lieux symboliques: l'Assemblée nationale et le ministère de la Justice. Près du Palais-Bourbon sont réunis l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), les organisations nationales d'avocats et des syndicats de greffiers, qui voulaient d'abord interpeller les députés.
 
Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) et des syndicats de fonctionnaires de justice ont centré leur action sur le ministère de la Justice, place Vendôme, interdite d'accès par un important cordon de forces de l'ordre.
 
1.200 à 4.000 personnes

Les cortèges de robes noires, 1.200 personnes selon la police, 3 à 4.000 selon les organisateurs, ont fini par se rejoindre près de la Chancellerie autour des mêmes préoccupations et slogans : «touche pas à mon tribunal», «moins de justice = plus d'Outreau», «non à la carte des déserts». Une marionnette représentant la garde des Sceaux proclame: «Rachida Dati fossoyeuse de la justice».
 
L'Union fédérale des magistrats (UFM) et la Conférence des bâtonniers ont été reçues à 14h15 par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, suivis, à 15h51, par le syndicat C.justice, qui repréésente les fonctionnaires de la catégorie C. «Les miséreux de la justice» explique sans rire sa secrétaire générale, Lydie Quirié. «La rencontre s’est très bien passée, M. Accoyer a été très surpris par notre situation: après 40 ans de travail, notre pension de retraite s’élève à 930 euros nets par mois en moyenne», a-t-elle ajouté.

Journée «cabinets fermés»
 
Des professionnels de la justice également mobilisés dans d’autres villes. «On parle d'une réforme. On a juste un démantèlement de la carte judiciaire, sans débat ni prise en compte des situations sur le terrain», a critiqué à Nancy Eric Bocciarelli, membre du Syndicat de la magistrature (SM, gauche). A Marseille, une intersyndicale des personnels de justice brocardait des «soldes chez Dati: 178 TI supprimés sur 473, 23 TGI sur 181».
 
Une journée «cabinets fermés» a été organisée à Châlons-en-Champagne (Marne). A Saint-Nazaire, une quinzaine d'avocats a passé la nuit au tribunal en signe de protestation. Les avocats lyonnais ont proposé des consultations gratuites.
 
Une mobilisation pour rien?
 
La crainte partout exprimée est que soit défait le maillage judiciaire du pays. «Tout le monde parle de désert judiciaire, mais nous ici en plein centre Bretagne avec la suppression de tribunal de Pontivy (Morbihan) c'est plus un désert qu'il va y avoir, c'est un gouffre où plus rien ne repousse même en arrosant, avec zéro juridiction de Saint-Brieuc à Vannes (120 km) et de Rennes à Quimper (200 km)», selon Me Jean-Marc Allain.
 
Les fonctionnaires et greffiers redoutent surtout que la réforme menace «le service public de la justice de proximité», en éloignant de leur tribunal les justiciables. «Entendez-vous dans nos campagnes mourir nos juridictions» pouvait-on lire sur la pancarte d'une greffière de Dinan (Côtes d'armor) dont le tribunal doit être fermé.
 
Une mobilisation pour rien? Le porte-parole de la Chancellerie, Guillaume Didier, a laissé entendre que la réforme n'était pas négociable car déjà entrée «dans sa phase de mise en oeuvre et d'accompagnement». Des négociations sont néanmoins en cours notamment pour indemniser les fonctionnaires et les avocats touchés.