Nicolas Sarkozy réenfile le costume de flic

POLITIQUE Il a annoncé, de façon musclée, les grandes orientations pour la sécurité…

Alexandre Sulzer

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"Tout sera mis en oeuvre pour retrouver" les personnes ayant tiré sur des policiers lors des violences dans le Val-d'Oise, a assuré jeudi le président Nicolas Sarkozy, en souhaitant "des sanctions à la hauteur de la gravité de ce qu'ils ont fait".
"Tout sera mis en oeuvre pour retrouver" les personnes ayant tiré sur des policiers lors des violences dans le Val-d'Oise, a assuré jeudi le président Nicolas Sarkozy, en souhaitant "des sanctions à la hauteur de la gravité de ce qu'ils ont fait". — thomas coex AFP

Nicolas Sarkozy a beau ne plus être ministre de l’Intérieur, il aime parler aux policiers et gendarmes. C’est donc «avec plaisir» qu’il a présenté jeudi à 2.000 d’entre eux les grandes orientations pour la sécurité. Celui qui a «laissé son cœur» place Beauvau est revenu pour l’occasion, quelques heures avant son intervention dans les journaux télévisés, sur la crise dans le Val d’Oise.

«Je ne sous-estime pas ce qui s’est passé», a-t-il tenu à rassurer, avec empathie, son auditoire. D'ailleurs, «tout sera mis en oeuvre pour retrouver» les personnes ayant tiré sur les forces de l'ordre. Rappelant qu’une politique pour les banlieues sera annoncée, comme prévu, en janvier, il a donné le ton: pour arrêter les violences urbaines, il ne faut pas «plus d’argent sur le dos des contribuables» mais «arrêter les émeutiers». Le président souhaite toutefois «donner plus à ceux qui veulent s’en sortir». Aux autres, prévient-il virilement, il donnera «également plus, mais pas dans le même sens».

«Etre en uniforme face à une bande d’enragés»

«Les Français ne savent pas ce que c’est que d’être en uniforme face à une bande d’enragés», a poursuivi Nicolas Sarkozy qui a loué la gestion de la crise de Villiers-le-Bel. Et souhaité «récompenser le gradé» qui a appelé ses hommes à ne pas faire usage de leurs armes.

Pour améliorer la performance des services de sécurité — une loi d’orientation est annoncée — le chef de l’Etat préconise un renforcement de la biométrie, «d’y aller au maximum» sur la vidéosurveillance et d' «aller plus vite» dans la dotation en armes non létales. Concernant le flash-ball, le Président conseille d’ailleurs, en souriant, de «ne pas hésiter à l’acheter» et d’en faire l’usage à une distance inférieure à 40 mètres, sa portée.

Parmi les autres évolutions préconisées, le développement des moyens aériens légers — comprendre des hélicoptères — afin de rendre moins dangereuses les courses-poursuites dans les conurbations. Ou encore la possibilité de remplacer les audiences de procédure dans les tribunaux par des vidéoconférences pour ne pas mobiliser trop de gendarmes.

Pas de fusion entre policiers et gendarmes

Mais, c’était sur le statut militaire des gendarmes que Nicolas Sarkozy était attendu par son audience. Il a tenu à rassurer en assurant qu’il serait maintenu. «La France ne peut pas faire l’économie d’une force de sécurité à statut militaire», a-t-il souligné. Il n’y aura donc pas de fusion. Mais, a-t-il précisé, policiers et gendarmes «seront rattachées au ministre de l’Intérieur» aux termes d’une future loi sur le fonctionnement de la gendarmerie. Charge à la place Beauvau de «définir l’emploi, l’organisation, les objectifs et les moyens d’investissement et de fonctionnement des deux forces».

Pour faciliter ce rapprochement, il a annoncé la création d’un «groupe de travail conjoint» entre la Défense et l’Intérieur, qui devra notamment se pencher sur la question des statuts et grilles indiciaires des deux forces, dans un objectif d’harmonisation. Nicolas Sarkozy souhaite par ailleurs introduire une «part de rémunération aux mérites».

Seul petit bémol dans un discours qui jouait sur la connivence, le rappel à l’exemplarité. Le président de la République ne veut plus de «tutoiement ni de bras qui pendent en dehors des voitures». «On ne combat pas les voyous avec des méthodes de voyous».