Questions sur la mort de Moushin et Larami

VILLIERS Que s’est-il vraiment passé? Plusieurs versions s’opposent…

Pierre Koetschet

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Les premiers éléments de l'enquête sur la mort de deux adolescents dimanche à Villiers-le-Bel (Val d'Oise), entrés en collision à mini-moto avec une voiture de police, écartaient lundi la responsabilité des policiers, alors que le président Sarkozy demandait que "chacun s'apaise".
Les premiers éléments de l'enquête sur la mort de deux adolescents dimanche à Villiers-le-Bel (Val d'Oise), entrés en collision à mini-moto avec une voiture de police, écartaient lundi la responsabilité des policiers, alors que le président Sarkozy demandait que "chacun s'apaise". — Martin Bureau AFP

Le flou demeure sur les circonstances de l’accident qui a coûté la vie à deux adolescents à Villiers-le-Bel. Mise au point des éléments déjà établis, et des questions qui restent en suspens.

Où et quand s’est déroulé l’accident?

A 16h58, une voiture de police entre en collision avec une mini-moto conduite par deux adolescents sans casque, Moushin, 15 ans, et Larami, 16 ans. Selon les premières affirmations de la préfecture du Val d'Oise, l'accident serait dû à un refus de priorité, au niveau d’une intersection sans feu rouge sur la rue Louise-Michel, de la part de la moto qui roulait «très vite». Les premières conclusions des experts mandatés par l’IGPN (la police des polices), publiées jeudi matin dans «Le Figaro», la voiture roulait à «40 km/h» et la moto à «70 km/h». Selon les premiers éléments, l’avant gauche de la voiture a percuté la moto latéralement, le véhicule s’est ensuite arrêté une quarantaine de mètres plus loin.

Les policiers impliqués ont-ils tentés de prendre la fuite?

C’est un point qui fait débat. Selon l’IGPN, les trois policiers étaient présents quand les pompiers sont arrivés. Selon un témoignage d’un jeune présent, recueilli par Yassine Belattar, animateur sur la radio Générations 88.2, les policiers voulaient s’enfuir, et l’un d’eux a été rattrapé par la manche par ce jeune, resté anonyme. Un autre témoignage, recueilli par le Bondy Blog, explique que les policiers ont pratiqué les premiers soins et ont demandé à prévenir les secours, puis se sont eclipsés quand d’autres jeunes sont arrivés.

La voiture a-t-elle été dégradée après l’accident?

C’est une des grandes interrogations de l’enquête. Comment une voiture roulant à une quarantaine de km/h peut-elle être aussi abîmée après un choc avec une mini-moto? Première hypothèse, que le quotidien «Le Monde» attribue à l’IGPN, le véhicule aurait pu être dégradé par les jeunes après la collision. Une hypothèse qui repose uniquement sur le témoignage d’un pompier, qui affirme que la voiture était plus abîmée après le début des émeutes que quand il est intervenu. Une thèse mis à mal par une vidéo amateur filmée par un jeune et montrée à la presse mercredi par la radio générations 88.2: on y voit la voiture très abîmée, une dizaine de minutes après le choc, dans le même état que les photos publiées dans la presse (qui ont été prises plus tard).
L’IGPN a d’ailleurs expliqué que les informations du Monde n’étaient pas les conclusions de l’enquête de la police des polices. Dans «Le Figaro» de jeudi, l’IGPN explique l’état de la voiture par la structure même de la Renault Mégane Scénic dont la structure comprend des «zones de déformation» programmées pour absorber l’énergie. Une explication avancée aussi par un spécialiste de la sécurité chez Renault interrogé par Europe1.fr, Selon lui, «les carrosseries sont faites pour se déformer et protéger les passagers du véhicule.» Il «estime que la vitesse de la voiture était sans doute inférieure à 65 km/h, vitesse à laquelle sont réalisés les crash-tests.»

La voiture et la moto ont-elle été bougées?

Selon l’IGPN, la voiture a été poussée sur le trottoir, pour laisser passer les secours. Selon le témoin interrogé par le Bondy Blog, la moto a été tirée et retournée par les policiers. Sur la vidéo amateur montrée par la radio Génération, on voit que la foule est très proche des pompiers en train d’intervenir, aucun périmètre de sécurité n’a été défini, et le vidéaste montre une chaussure d’un des jeunes laissée à l’abandon, une dizaine de mètres derrière la voiture. On entend sur la bande des habitants crier: « ne touchez pas à la moto, ce sont des preuves». La police scientifique est intervenue sept heures après le drame.

Quelle est la chronologie de l’arrivée des secours?

Selon l’enquête de l’IPGN, les pompiers ont été prévenus à 17h01 et sont arrivés 9m30 plus tard. Sur la vidéo montrée par la radio Générations, on voit les secours en train d’intervenir. Selon le vidéaste amateur, il est entre 17h10 et 17h15.

Les secours ont-ils pu intervenir sereinement?

Oui, d’après la vidéo amateur de la radio Générations. On y voit les secours pratiquer des massages cardiaques. La foule est de plus en plus nombreuse, mais plutôt calme.

Les jeunes avaient-ils été contrôlés plus tôt dans la journée?

C’était un bruit qui courrait après le drame à Villiers-le-Bel. Ce n’est pas le cas selon l’IGPN, qui, en se fondant sur les registres de police, «confirme l’absence de contrôle d’identité ou de tentative d’interpellation».

Quelles sont les zones d’ombre qui subsistent?

Le récit des faits par les policiers n’a toujours pas été rendu public. Selon Yacine Belattar, il y avait aussi un témoin direct de la collision, «un sans-papier, qui refuse de parler car il a peur.»


Ce matin, nous avons voulu redonner une chance au débat. Très vite, les commentaires haineux et indécents se sont multipliés, sans compter qu'ils ne respectaient ni la charte de «20 Minutes», ni la loi. Une nouvelle fois, nous avons donc décidé à regret, de fermer tous les articles relatifs aux événements de Villiers-le-Bel aux commentaires.