L'ex-juge Bruguière à la barre

Bastien Bonnefous

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Après la police, la justice. La cour d'assises spéciale de Paris a écouté hier les magistrats du parquet antiterroriste chargés de l'instruction sur l'assassinat du préfet Erignac le 6 février 1998. Au premier chef, Jean-Louis Bruguière, l'ancien « patron » - il n'en assume pas le terme - de la galerie Saint-Eloi, convoqué par les avocats du berger corse. Figure de l'antiterrorisme, surnommé « le cow-boy », Bruguière a quitté la magistrature pour la politique. Candidat (UMP) aux législatives, il a été battu.

L'objectif de la défense de Colonna est clair : montrer que l'instruction a été menée à charge. L'avocat Gilles Simeoni prend pour exemple la seconde reconstitution de l'assassinat, organisée en juin 1999 après l'arrestation de six membres du commando et leurs aveux accusant Colonna. Une reconstitution bâclée, selon la défense. Faux, répond Bruguière : « On a cherché à être au plus près de la vérité, mais on a été pris de court par le refus des mis en examen d'y participer. » Un refus découlant d'une « stratégie collective », selon l'ex-juge. « Cette stratégie n'a-t-elle pas pu commencer dès les gardes à vue ? », pousse Me Simeoni, laissant entendre que les membres du commando ont élaboré une version commune pour accuser Colonna. Malin, Simeoni rappelle que les suspects avaient tous à l'époque le même avocat, Vincent Stagnara. Un sous-entendu grave. En aparté, l'avocat s'explique : « Je ne charge pas mon confrère Stagnara, à chaque avocat sa stratégie mais je constate qu'ils se mettent tous à accuser Colonna après l'avoir vu en garde à vue. »