Colonna: la défense cuisine trois juges avant l'examen des aveux du commando

PROCES Elle tente de prouver que l'enquête n'a pas été conduite dans les règles et a été menée à charge...

Avec agence

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La défense d'Yvan Colonna, l'assassin présumé du préfet Erignac jugé à Paris, a poursuivi mardi son entreprise de démolition de l'enquête, mais s'est heurtée à la pièce maîtresse de l'accusation, à savoir les aveux des membres du commando ayant désigné l'accusé.
La défense d'Yvan Colonna, l'assassin présumé du préfet Erignac jugé à Paris, a poursuivi mardi son entreprise de démolition de l'enquête, mais s'est heurtée à la pièce maîtresse de l'accusation, à savoir les aveux des membres du commando ayant désigné l'accusé. — Benoit Peyrucq AFP/Archives

Les avocats d'Yvan Colonna ont mis sur le grill mercredi les trois juges antiterroristes ayant mené l'enquête sur l'assassinat du préfet Claude Erignac pour tenter encore de semer le doute sur la validité des aveux du commando, qui accablent aujourd'hui leur client.

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«Il n'y a pas eu, de mon point de vue, de dysfonctionnements», assure Jean-Louis Bruguière, «magistrat en disponibilité» depuis son échec aux législatives. Lui, Laurence Le Vert et Gilbert Thiel doivent défendre leurs instructions devant la cour d'assises spéciale de Paris, en prélude à l'ouverture jeudi du chapitre «Révélations et Revirements» du procès : jusqu'au 5 décembre, les complices présumés du berger corse - avec leurs épouses et compagnes - devront expliquer pourquoi, durant 17 mois, ils ont fait d'Yvan Colonna le septième homme du commando, avant de se rétracter en choeur.

Cela sera le plat de résistance de l'accusation et la défense a tenté une nouvelle fois mercredi de montrer que l'enquête n'a pas été conduite dans les règles et a été menée à charge. Sûr de lui, Jean-Louis Bruguière s'accommode mal du verbe haut de l’avocat Antoine Sollacaro. «Les questions, c'est plus facile de les poser, hein», lui lance ce dernier.

Reconstitution annulée en 1999

Son confrère Gilles Simeoni veut faire dire au juge qu'il «n'y a pas un seul acte dans la procédure qui envisage expressément un troisième homme» sur les lieux de l'assassinat le 6 février 1998. Le point est d'importance car deux des six complices présumés, tous aujourd'hui sous les verrous, ont reconnu leur présence sur les lieux du drame, assurant que Colonna s'y trouvait aussi.

De son box, l’accusé a lui aussi reproché à l'enquête d'avoir pris «pour argent comptant», parce que «cela arrange tout le monde», les accusations de ses complices présumés. «Ils déchargent tout sur moi (et) minimisent leurs actes», a-t-il expliqué.

En mai 1999, quand la justice tente une nouvelle reconstitution de l'assassinat après les aveux, Yvan Colonna est en fuite et ses complices présumés refusent au dernier moment d'y participer. Plutôt que d'utiliser des figurants, le juge préfère annuler.

«Est-ce que le scénario marche avec trois hommes ? vous n'avez pas pu le vérifier», lance Gilles Simeoni. «Il aurait fallu que les acteurs acceptent», s'agace Jean-Louis Bruguière.

Revirement en 2004

Moins flamboyante que son collègue, la juge Le Vert répond point par point aux questions sur sa «méthodologie», refusant toute «appréciation personnelle» lorsque la défense lui demande si elle a envisagé qu'un des accusateurs de Colonna mente. Croit-elle l'affaire Erignac résolue? «Je n'ai rien à ajouter».

En 2004, Pierre Alessandri, ami d'enfance de l'accusé, va affirmer depuis sa prison être l'auteur du meurtre, lui qui avait assuré aux enquêteurs qu'Yvan Colonna avait tiré les trois coups de feu mortels. Le juge Thiel évoque ce «cheminement relativement lent» et se tourne vers l'accusé : «Vous savez, monsieur Colonna, les juges ne sont ni meilleurs ni pires que les autres. Ils ont des oreilles et quand quelqu'un change de version. Ils s'interrogent».