«C’est bien que Sarkozy ne refasse pas les mêmes erreurs»

VILLIERS-LE-BEL Mohamed Mechmache, président d’«AC le feu !» réagit aux premières annonces du chef de l'Etat et aux affrontements des derniers jours dans le Val d'Oise...

Recueillis par Bastien Bonnefous

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Joël Saget AFP

Mohamed Mechmache, président d’«AC le feu !» réagit aux premières annonces du chef de l'Etat et aux affrontements des derniers jours dans le Val d'Oise.

Nicolas Sarkozy a promis à la fois l’ouverture d’une information judiciaire sur la mort des deux jeunes morts à Villiers-le-Bel, et les assises pour les personnes qui ont tiré sur des agents de police…
C’est une bonne chose que le président ait une position équilibrée. Je me souviens du temps en 2005 où il était ministre de l’Intérieur et qu’il avait tout de suite expliqué que les gamins de Clichy-sous-Bois morts dans le transformateur EDF étaient des délinquants. C’est bien qu’il ne refasse pas les mêmes erreurs. Mais on reste vigilant : renvoyer aux assises des personnes qui tirent sur la police, c’est normal, mais reste à savoir qui a fait quoi lundi soir à Villiers. J’étais sur place, et c’était très confus. J’espère qu’on trouvera les bons, et qu’on ne fera pas porter le chapeau à certains parce qu’il faut des coupables.

Les violences de Villiers-le-Bel sont un cas particulier ou reflètent-elles une situation plus globale ?

C’est un cas particulier parce que, comme souvent, tout part de la mort de deux jeunes. Mais ces violences montrent aussi qu’on n’a rien tiré des révoltes sociales de 2005. La banlieue a été totalement absente de la campagne présidentielle, alors que les populations de ces quartiers sont allées voter en masse. On n’a pas parlé des problèmes de fond, AC le feu a fait 114 propositions dans ses cahiers de doléances, après son tour de France, et on attend toujours un retour des politiques.

Rien n’a changé en deux ans ?
On est toujours sur une poudrière sociale. Les politiques, on le voit bien, en sont toujours aux constats et aux effets d’annonce, alors que les habitants de ces quartiers veulent des solutions et des actes. Ce qui a changé, c’est la prise de conscience politique et électorale de la jeunesse. Pour le reste, la loi PRU sur la rénovation urbaine, c’est bien, mais démolir pour reconstruire sans les emplois, les formations, l’éducation qui vont avec, ça n’apportera pas grand chose.

A Clichy-sous-Bois non plus, rien n’a bougé ?
Sur Clichy, on attend toujours le commissariat, on attend toujours les premiers travaux de rénovation, et concernant l’enquête sur la mort de Zyed et Bouna, on attend toujours la fin de l’instruction. Faut croire qu’on est très patient au bout de deux ans.

Quelle est la plus grande urgence ?

Le plus urgent, c’est l’emploi. Ensuite, il faut arrêter de stigmatiser ces populations, il faut que certaines pratiques policières cessent, comme doit cesser le comportement de certains jeunes déstructurés.

La nuit dernière à Villiers-le-Bel semble avoir été plus calme, c’est rassurant ?
J’entends les politiques dire que ça a été plus calme parce qu’il y a eu plus de policiers. C’est faux, c’est calme parce que les familles ont appelé au respect, et parce que les associations ont demandé aux jeunes de ne pas se tromper de combat. Mais d’expérience, plus on envoie de policiers dans ces quartiers, plus ça énerve, et plus les risques sont grands.

AC le feu!, la suite, c’est quoi ?

On est reparti pour pousser les gens à s’inscrire sur les listes électorales pour les municipales et les cantonales. Le 7 décembre, on organise à Sciences-Po une grande rencontre sur la situation sociale en France, avec d’autres acteurs sociaux comme les Don Quichotte. Enfin, en janvier, on lance les Assises des quartiers pour faire remonter les demandes du peuple sur le logement, la santé, la justice, l’emploi… Une manière de continuer nos cahiers de doléances.