Le spectre de 2005, les armes en plus

B. Bonnefous

— 

«Nous approchons de la catastrophe», selon le syndicat Unsa-Police, plutôt réputé à gauche. Les violences extrêmes des dernières nuits, à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) ainsi que dans des communes environnantes, nourrissent la peur d'un redémarrage des émeutes en banlieue, bien plus fort cette fois qu'en novembre 2005.

Beaucoup de blessés

Illustration la plus frappante de ce nouvel embrasement: quatre-vingt-deux policiers ont été blessés, dont quatre par balles, rien que pour la deuxième nuit d'émeutes lundi. En 2005, pendant les trois semaines d'émeutes, quelque deux cents blessés avaient été dénombrés, toutes populations confondues et pour la France entière.

Policiers en ligne de mire

Les quatre policiers touchés ont été blessés par des tirs de plombs de chasse 6 mm. «Depuis des mois, la police dans les cités est systématiquement harcelée, mais c'est la première fois qu'on tire délibérément sur des forces de l'ordre. Pendant les émeutes de 2005, un car de CRS avait été touché par un tir de 9 mm à La Courneuve, mais c'était plus le véhicule qui était visé», explique un représentant des Renseigne­ments généraux en région parisienne. Patrick (le prénom a été changé à sa demande), policier depuis plusieurs années en Seine-Saint-Denis, constate «tous les jours» cette montée de la «haine du flic». «Il y a une envie de se faire un policier. Jusqu'à présent, on y a échappé parce que les armes à feu ne sont heureusement pas si répandues que ça en banlieue, parce qu'on a eu de la chance et parce qu'aussi les jeunes hésitent. C'est plus facile de tuer devant sa console de jeux que dans la réalité», estime-t-il. Mais le risque existe. «Il n'est pas exclu qu'un policier soit tué un de ces jours», lâche en off un responsable haut placé dans la police.

Groupes organisés

Les émeutiers de Villiers-le-Bel semblent agir de manière plus cadrée qu'en 2005. Certains même, selon Le Monde, avaient une tenue de CRS avec casque et bouclier. Des leaders semblaient aussi diriger les actions, dont certaines étaient filmées par des téléphones portables. « Ce ne sont pas des groupes organisés militairement, avec plan d'attaque au tableau noir. Mais, sur le terrain, des chefs naturels se dégagent et entraînent ensuite les autres », explique un policier. Certains y voient aussi le reflet des bandes orga­nisées dans le trafic de drogues. «Le business est très hiérarchisé, avec les plus jeunes qui chouffent [font le guet], les plus violents qui protègent et les leaders qui restent en retrait. Le cas échéant, ces groupes peuvent basculer dans les violences urbaines», analyse ce représentant des RG.

Violences même le jour

Jusqu'à présent, les violences se déroulent surtout à partir de la tombée de la nuit. Mais les policiers témoignent d'actes agressifs toute la journée. «Même tôt le matin, il n'est plus rare de se prendre une pierre ou un sac-poubelle sur la voiture», explique Patrick. Sans parler des insultes «quotidiennes». «Par mimétisme avec les grands, on croise maintenant des enfants de 6 ans qui nous font des bras d'honneur», confie ce policier.

Dialogue social rompu

Difficile de parler avec la plupart de ces jeunes. «On a cassé le lien social et on galère pour le renouer, explique un policier. Aujourd'hui, il est impossible pour la police de discuter avec les habitants dans certaines cités. Pour les uns, nous ne sommes pas assez sévères avec les voyous, pour les autres, nous sommes des nazis. Va dialoguer...».