Procès Colonna: la défense veut discréditer les interrogatoires de police

JUSTICE Instruction «à charge» et interrogatoires sous «pressions psychologiques très fortes»...

avec agence

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LA défense a convoqué vendredi Vincent Andriuzzi et Jean Castela, deux enseignants. Condamnés à 30 ans de prison pour avoir été les commanditaires de l'assassinat, ils ont été acquittés en appel.
LA défense a convoqué vendredi Vincent Andriuzzi et Jean Castela, deux enseignants. Condamnés à 30 ans de prison pour avoir été les commanditaires de l'assassinat, ils ont été acquittés en appel. — François Guillot AFP

Instruction «à charge» et interrogatoires sous «pressions psychologiques très fortes»: la défense d'Yvan Colonna a appelé vendredi à la rescousse les deux acquittés du précédent procès sur l'assassinat du préfet Erignac pour jeter le doute sur les dénonciations accablant l'accusé.

A la fin de la deuxième semaine du procès du berger corse, accusé du meurtre de Claude Erignac le 6 février 1998, devant la Cour d'assises spéciale de Paris, ses avocats peuvent se frotter les mains: aucun témoin du drame n'a reconnu leur client. Le médecin légiste a même suggéré que l'assassin aurait été de grande taille, supérieure à celle de l'accusé.

Mais la partie sera plus serrée lorsque commenceront à comparaître, dès la fin de semaine prochaine, les six membres du commando, condamnés lors d'un premier procès en 2003.

Durant l'enquête, quatre d'entre eux ont désigné Yvan Colonna comme leur complice, lui plaçant même l'arme dans la main.

Ces dénonciations détaillées, formulées à partir de mai 1999, ont été maintenues durant dix-sept mois, avant que les quatre ne se rétractent en choeur, certains invoquant la «pression» policière.

«D'emblée, j'étais considéré comme un coupable.»

C'est de loin la pièce la plus solide de l'accusation et la défense sait qu'elle doit miner au maximum la crédibilité des confessions recueillies par les enquêteurs.

Elle a convoqué vendredi Vincent Andriuzzi et Jean Castela, deux enseignants. Condamnés à trente ans de prison pour avoir été les commanditaires de l'assassinat, ils ont été acquittés en appel.

Jean Castela, 48 ans, raconte «les pressions psychologiques très fortes» des interrogatoires. «D'emblée, j'étais considéré comme un coupable.»

Son épouse n'a pas oublié sa garde à vue, dans «des conditions dégradantes et humiliantes» de saleté, avant d'être emprisonnée six mois à Fleury-Mérogis.

Pour elle, son incarcération visait à faire parler son mari: «Une prise d'otage.» Elle finira par l'accuser d'avoir participé à un attentat à Paris.

«Or, ce jour-là, c'était la rentrée au lycée», se souvient ce professeur d'histoire.

Une «mémoire un peu défaillante», «pour un enseignant»

Vincent Andriuzzi ne cache pas son «émotion de revenir dans cette salle d'assises». «Les enquêteurs avaient un scénario dans la tête dans lequel je devais figurer», dit cet homme de 52 ans qui s'était muré dans le silence dès le deuxième interrogatoire.

Les policiers qui les ont interrogés n'ont pas les même souvenirs. Stella Castela «était une personne affable», dit Hervé Rosello. Eric Tessier se souvient de son mari qui, «pour un enseignant, avait la mémoire un peu défaillante».

L'accusation rappelle que les deux professeurs ont certes été acquittés dans l'affaire Erignac, mais condamnés pour des attentats en 1994, Andriuzzi à huit ans et Castela à dix ans.

La défense, elle, continue de placer ses pions pour miner la crédibilité de la police.

Le policier Hervé Rosello peine à expliquer pourquoi, le 23 mai 1999 à 06h00, ils n'étaient que «trois ou quatre», sans équipement de sécurité particulier, à se présenter - en vain - à la maison d'Yvan Colonna pour l'arrêter.

Pourtant, l'un des membres du commando, arrêté lors d'une première vague d'interpellations deux jours avant, l'avait désigné comme complice quelques heures plus tôt.

Apparemment, l'information n'était pas arrivée jusqu'à Hervé Rosello qui ne s'est pas inquièté quand la famille Colonna lui a dit que le berger était «parti avec ses chèvres dans les pâturages».

Sa cavale va durer quatre ans.