Régimes spéciaux: syndicats et grévistes entre réalisme, fatigue et vigilance

RETRAITES Ils restent sur leurs gardes pendant les négociations et n'excluent pas de se remobiliser avant Noël...

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Le pouvoir a réussi à éviter une grève aussi longue qu'en 1995 sur les régimes spéciaux, mais le climat social reste lourd, avec des tensions possibles dans les négociations à la SNCF avant Noël et un mécontentement croissant sur le pouvoir d'achat.
Le pouvoir a réussi à éviter une grève aussi longue qu'en 1995 sur les régimes spéciaux, mais le climat social reste lourd, avec des tensions possibles dans les négociations à la SNCF avant Noël et un mécontentement croissant sur le pouvoir d'achat. — Mychèle daniau AFP

Certes, les assemblées générales se sont quasiment toutes prononcées pour la suspension de la grève contre la réforme des régimes spéciaux jeudi. Mais les votes furent parfois serrés et les débats animés. L’heure n’est donc pas à l’euphorie, loin de là, ce vendredi.

Climat morose à Sud-Rail

S’ils se sont dits plutôt satisfaits à l’issue des premières tables rondes à la SNCF et la RATP, les syndicats vont rester sur leurs gardes pendant le reste des négociations et n'excluent pas de se remobiliser avant Noël.

A la RATP, Sud débattait ce vendredi matin de l'opportunité de déposer de nouveaux préavis de grève «aux alentours des 18 ou 20 décembre», la fin des négociations étant prévue le 13 décembre.

A la SNCF, un préavis a d’ores et déjà été déposé pour le 20 décembre par la CFDT-Cheminots, soit deux jours après la dernière table ronde. Si la CGT n’est pas dans «l'état d'esprit» de lancer «par principe» une nouvelle grève pendant les fêtes de fin d'année, elle a prévenu elle aussi que les négociations se tiendraient «sous le contrôle des cheminots». Du côté de Sud-Rail, qui exigeait le retrait total de la réforme, le climat était morose vendredi. «La déception est énorme au regard des enjeux», a commenté Christian Mahieux, secrétaire fédéral, «mais nous avons le sentiment d'avoir fait tout ce que l'on pouvait faire» contre la réforme.

La base partagée

La base est également partagée sur la suspension du mouvement. Quelques AG, notamment de contrôleurs de trains, sont d’ailleurs encore prévues vendredi. A Paris gare de Lyon, jeudi, l'AG des conducteurs a voté à une courte majorité la fin de la grève. Le réalisme et la fatigue l'ont emporté sur la tentation de certains de poursuivre jusqu'à l'aboutissement des négociations avec l'Etat et la direction.

Idem à Marseille, où les divergences étaient manifestes à la sortie des assemblées générales de la SNCF. «Le fait de ne pas être payé a commencé à peser dans les esprits», selon Daniel Ori, délégué CGT pour le personnel d'exploitation. «Je suis prêt à perdre de l'argent maintenant pour en gagner plus tard», a rétorqué un cheminot, pour qui «il n'y a rien dans les négociations».

Même son de cloche à Toulouse, où l'AG des conducteurs s'est prononcée à une courte majorité pour la fin de la grève. «On va interpeller notre fédération pour pouvoir peser sur chaque table ronde», explique Yves Valette, représentant Sud Rail. L’idée ? Déposer «un préavis de grève de 59 minutes à la prise de service».

«Cette réforme, je l'ai promise, je l'ai tenue»

Le gouvernement, conscient de cette pression qui pèse sur les négociations, ne faisait montre d’aucun triomphalisme vendredi. A part peut-être Raymond Soubie, conseiller social de l'Elysée, qui affirmait que les décrets de la réforme «sont pour dans un mois, un mois et demi». Ou encore Nicolas Sarkozy, qui a déclaré avant de partir en Chine: «Cette réforme, je l'ai promise, je l'ai tenue.»